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Affaire retour de Gbagbo : un prêtre catholique répond à Bictogo : « Quand on sort victorieux d’un accident ou d’une prison, on est célébré »

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Adama Bictogo, Directeur exécutif du Rhdp/Ph DR

Récemment, le député et vice-président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Adama Bictogo, a fait une déclaration dans laquelle il s’offusquait des militants du président Gbagbo, se préparant à lui réserver un accueil triomphal. Aussitôt, un prêtre catholique, Marius Hervé Djadji, théologien dogmatique, a répondu à ce dernier, tout en indiquant d’avoir de la mesure dans ses propos, surtout qu’il est un élu de la Nation. Contribution.

Dans votre intervention concernant l’arrivée du président Laurent Gbagbo, vous exigez une arrivée dans la discrétion totale dans le respect des victimes, pour ne pas remuer le couteau dans la plaie des blessés. Votre souci des victimes est louable. Je vois que vous êtes humain, vous pensez aux victimes, vous partagez la douleur des autres. 

….Vos propos traduisent et expriment l’esprit de catégorisation des victimes par votre gouvernement depuis 2011.

Mais Monsieur le ministre et vice-président de l’assemblée nationale, vos propos traduisent et expriment l’esprit de catégorisation des victimes par votre gouvernement depuis 2011. A la Haye, vous avez envoyé des avocats défendre les victimes d’une contrée et d’Abobo. Durant le procès à la Haye, l’Etat de Côte d’Ivoire n’a pas parlé des victimes de Duékoué, d’Anono, de Yopougon, de Djékanou et de Bouaké.

Vos avocats ne parlaient que des victimes d’Abobo et de la marche à la RTI. Par votre intervention, vous montrez aux yeux de tous les Ivoiriens que les groupuscules qui crient contre l’arrivée du président Gbagbo ont pour sponsor l’Etat de Côte d’Ivoire parce que c’est votre parti qui est au pouvoir. 

Monsieur Adama Bictogo, notez que de 2011 à 2021, vous avez nargué des victimes par vos gestes et paroles. Vous avez dansé dans ce pays, des ministres ont blessé des victimes par des paroles et gestes. N’oubliez pas que chaque fois que des rebelles sont nommés dans ce pays, des victimes sont blessées, des plaies deviennent des cancers. 

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Chaque fois que des rebelles deviennent ministres, directeurs et ambassadeurs, il y a des victimes qui pleurent et qui souffrent. Chaque fois que des violeurs deviennent les patrons de leurs victimes dans l’administration, ce sont des pleurs et grincements de dents. Chaque fois que les bourreaux sillonnent les villages des victimes sans même employé le mot réconciliation, la Côte d’Ivoire souffre. 

Adama Bictogo, si durant dix années, ces milliers de victimes ne disent rien, gardent le silence, ce n’est pas une faiblesse, mais c’est parce que par éducation, elles veulent une Côte d’Ivoire guérie, réconciliée. A décortiquer votre intervention, et celle de petits groupes sponsorisés par vous, j’ai l’impression que la réconciliation ne vous arrange pas. 

Monsieur Adama Bictogo, notez que dans la culture africaine, quand on sort victorieux d’un accident ou d’une prison, on est célébré. Chez nous les Abidjis, on offre aux victorieux, des œufs et on les couvre de kaolin ou de poudre. C’est culturel. 

Je vous réponds au nom de toutes les victimes qui n’existent pas dans votre fichier. M. Adama Bictogo, n’oubliez pas que vous êtes député de toutes les victimes donc dans tous vos propos, tenez compte de tous ceux qui ont souffert et qui souffrent encore des effets de la guerre en Côte d’Ivoire. 

Que chaque Ivoirien se pose cette question avant de parler : est-ce que mon discours pourra amener une victime à dire : « je laisse tomber pour la paix ? »

La catégorisation des victimes ne conduira pas à la réconciliation et à la paix. Soyons tous des messagers qui guérissent par leurs discours surtout vous, qui êtes un des patrons de l’Assemblée nationale et chef de parti. La réconciliation est un style et c’est par notre style, par notre manière de parler et d’agir que les autres pourront dire : « je laisse tomber pour la paix ». Que chaque Ivoirien se pose cette question avant de parler : est-ce que mon discours pourra amener une victime à dire : « je laisse tomber pour la paix ? ». Vous et moi, Monsieur Adama Bictogo, avons un défi : faire de telle sorte que chacun dise : « Je laisse tomber pour la paix ». C’est cette phrase qui conduira tous les Ivoiriens à un « Vivre ensemble » concret, réel, sincère et non « un vivre ensemble » comme simple slogan de campagne. 

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