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Vbg en Côte d’Ivoire: « Il faudrait prendre des mesures drastiques pour arrêter ces meurtriers », Aïda Séri

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Aïda Séri, Coordonnatrice des Programmes junior "Stop au chat noir"

Aïda Seri, Coordinatrice des Programmes Junior ‘’Stop Chat Noir’’ parle de la gravité des violences sexuelles faites aux femmes. Tout en faisant remarquer que de nos jours grâce aux actions des Ong, les victimes commencent à dénoncer les coupables, elle recommande au gouvernement de prendre des mesures drastiques contre ceux-ci pour qu’ils arrêtent de commettre ces actes criminels.

Présentez-nous votre Ong ?

Stop au chat Noir est une association afro-féministe créée en 2018 dont l’objectif est de lutter contre les violences sexuelles et sexistes (Vss) à travers les référencements psychologiques, juridiques et un accompagnement social.

En 2022, ce sont plus de sept mille (7 000) cas de Vbg et plus de mille (1000) cas de viols qui ont été enregistrés. En 2023 le phénomène s’est répété avec plus de cinq mille (5 000) cas de Vbg. Comment expliquez-vous le fait que malgré les efforts du gouvernement et des Ong, la situation des Vbg restent toujours alarmante ?

La situation des Vbg est toujours alarmante, les chiffres vont de manière croissante parce qu’il y a de plus en plus de personnes qui dénoncent. Il y a beaucoup de langues qui se délient. On ne peut donc pas dire qu’il y a beaucoup de cas que par le passé.

Avec les associations et tout ce qui est formation et sensibilisations, il y a beaucoup de personnes qui communiquent là-dessus. Et les réseaux sociaux aussi amplifient les actions des Organisations de défense des droits des femmes (Oddf) dans ce domaine. On a beaucoup de personnes qui dénoncent, donc on a beaucoup plus de cas qui sont référencés.

Certes, il y a beaucoup de femmes qui dénoncent, mais beaucoup restent encore muettes sur la question. Il y a un travail à faire à ce niveau, n’est-ce-pas ?  

Effectivement, il y a un grand travail à faire à ce niveau parce que ce ne sont pas toutes les femmes qui dénoncent. Il y a encore une majorité qui ne dénonce pas. Il faut donc toujours continuer la sensibilisation et les formations. Plus nous sensibilisons, plus les femmes se sentent en sécurité pour dénoncer. Quand elles voient que les cas dénoncés sont punis par la loi et qu’il y a des résultats, elles se sentent en confiance pour dénoncer.

Quels sont les différents types de VBG auxquelles vous êtes généralement confrontées ?

Effectivement, il y a un grand travail à faire à ce niveau parce que ce ne sont pas toutes les femmes qui dénoncent

Dans notre quotidien, nous sommes confrontées à tout ce qui est violences sexuelles et sexistes, des dénis de ressources, les violences physiques, les mutilations génitales, harcèlement, abus de pouvoir etc.

Selon vos statistiques où rencontre-t-on ces violences, en zone urbaine ou en zone rurale ?

Les violences, on en rencontre partout. Ça dépend du type de violence auxquelles nous sommes confrontées. En ce qui concerne les mutilations génitales, c’est plus dans la zone du nord-ouest du pays que l’on rencontre beaucoup cette pratique. Dans certaines localités les langues sont encore liées en raison de coutumes et traditions, c’est la raison pour laquelle dans ces localités, on a moins de chiffres. Cela ne veut pas dire que le phénomène n’existe pas là-bas.

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A ce propos, donnez-nous votre avis sur le fait que dans certains villages, l’on emmène le violeur à épouser la violée.

Aïda Séri, Coordonnatrice des Programmes junior « Stop au chat noir »

Ça c’est très grave. Cela cause des traumatismes chez les survivantes. Les gens utilisent cela pour légitimer la violence. Pour eux, c’est une sorte de réparation. Mais réparer pour qui ? On répare pour la survivante ou on répare pour l’agresseur ? C’est la question qu’il faut se poser.

Ce procédé n’est bénéfique que Pour l’agresseur et c’est bien dommage que cette méthode existe encore. Il faut faire en sorte de bannir cela. C’est dans ce sens que les associations comme la nôtre interviennent pour toujours sensibiliser et éduquer sur la question.

A ces violences, s’est ajouté aujourd’hui le féminicide. 416 femmes tuées en 2022 seulement dans district d’Abidjan. N’est-ce pas là une tragédie ?

Effectivement, c’est une tragédie. Mourir sous le coup de quelqu’un avec lequel on partage sa vie, quelqu’un pour qui on a des sentiments. C’est une tragédie. Ce phénomène prend de plus en plus de l’ampleur ces temps-ci. C’est une tragédie à laquelle il faut mettre fin. Il faudrait prendre des mesures drastiques pour arrêter ces agresseurs, ces meurtriers. Plus il y aura des cas qui auront des sentences assez lourdes, moins il y aura des personnes qui agiront de la sorte.

C’est pour combattre ces violences, que la Ligue des Droits de la Femme, votre association et des organisations sœurs ont organisé ‘’les 16 jours d’activisme’’ ? Comment s’est passée cette campagne de sensibilisation à votre niveau ?

Au niveau de la campagne des ‘’16 jours d’activisme’’, nous avons eu plusieurs activités. Au lancement de la campagne, nous avons travaillé avec la Ligue. C’est la Ligue qui était porteuse du projet et nous étions en soutien. A notre niveau, Nous avons essayé pour cette année 2024 de partir à l’intérieur vers les populations souvent oubliées.

L’activité s’est bien passée. Nous avons eu de très bons résultats, de bonnes solutions apportées par les personnes sensibilisées. Nous avons organisé avec le consortium Femmes En Avant (Fena) et l’Ong Siam , une grande campagne de sensibilisation dans la région des Grands Ponts (Brafedon, Djidjikro, Gbougbo, Gboyo, Grand-Lahou, Ira, Irobo, Brafedon, Gbougbo, Jacqueville et Dabou).

Dans ces localités, nous avons pu sensibiliser plus de 300 personnes, dont 136 femmes, 25 filles et des hommes. Nous avons été émus par le partage d’expérience des survivantes. Elles ont dénoncé des cas. Il y a eu beaucoup de solutions de la part des participants qui ont promis d’œuvrer pour le changement des comportements dans leur communauté.

Ces populations de l’intérieur du pays que vous sensibilisez, benéficient-elles d’un suivi après votre départ ? 

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Bien sûr parce Oui. Nous avons dans ces localités des organisations comme le CNDH des grands ponts, l’Ong SIAM avec qui nous collaborons. Ces organisations font le suivi sur place. Aussi, après la campagne de sensibilisation nous avons eu assez de retours. Nous avons accompagné des cas et fait des référencements de personnes qui nous ont contacté depuis la sensibilisation.

Ces organisations font le suivi sur place

Quels sont vos projets pour 2025 ?

Pour ‘’les 16 jours d’activisme 2025’’, nous continuerons la lutte. Pour cette activité, chaque année, il y a un thème qui est proposé. Le thème de l’année 2025 n’a pas encore été défini. Mais nous continuerons à lutter contre tout ce qui est violences sexuelles et pour l’égalité entre femmes et hommes.

Quelles sont les difficultés auxquelles votre Ong est confrontée dans l’exercice de sa mission ?

Les difficultés auxquelles sommes-nous confrontées, c’est le changement lent de mentalités et la perception qu’on les gens des féministes. Il y a aussi les finances parce que toute sensibilisation demande beaucoup de moyens financiers. Nous arrivons à travailler grâce au soutien de nos partenaires et nous espérons que les collaborations continuent et se multiplient.

Des attentes au niveau de l’Etat ?

Nous voudrions que l’Etat renforce son soutien aux associations qui œuvrent pour les droits des femmes, pour l’égalité et veuille au respect strict des lois.

Réalisée par Aka Ahoussi

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