Accueil A la une Affaire Djédjé Grahon : Entre accusations, notoriété et vérité judiciaire

Affaire Djédjé Grahon : Entre accusations, notoriété et vérité judiciaire

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Rita Grahon Djédjé impliquée dans les détournements/Ph DR

Plus de 320 millions de FCFA en cause, une soixantaine de plaintes et plusieurs personnalités publiques citées dans une information judiciaire : l’affaire Rita Bénédicte Djédjé Grahon prend une nouvelle dimension. Mais à ce stade de la procédure, une exigence s’impose : distinguer les accusations du parquet des responsabilités qui devront être établies par la justice.

Le procureur national financier du Pôle pénal économique et financier (PPEF) a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire contre Rita Bénédicte Djédjé Grahon, la société Ivoire Challenge Corporation SARL et plusieurs autres personnes. Cette procédure intervient après une enquête préliminaire faisant suite à une soixantaine de plaintes.

les sommes concernées seraient provisoirement évaluées à 320 701 500 FCFA

Selon les éléments communiqués par le parquet, les sommes concernées seraient provisoirement évaluées à 320 701 500 FCFA. Elles auraient été versées par des personnes auxquelles des parcelles auraient été proposées alors que, selon les investigations, les mis en cause n’en seraient pas propriétaires.

Le parquet indique également que la promotion de ces opérations immobilières aurait bénéficié du concours de personnalités connues du public. Certaines auraient participé à des vidéos promotionnelles, tandis que d’autres auraient relayé les offres dans des groupes WhatsApp ou auraient perçu des sommes pour le compte de Rita Djédjé.

Parmi les noms cités figurent notamment John Jay, Serey Dié, Adrienne Koutouan, Apoutchou National, Pantcho le Gatair, Maa Bio et Yaka Yaka de Paris.

Des personnalités mises en cause

La réponse appartient à la justice. Le simple fait d’apparaître dans une vidéo, de recommander un projet ou d’avoir perçu une rémunération ne suffit pas, à lui seul, à établir une complicité pénale

Cette dimension médiatique du dossier pose une question essentielle : quelle peut être la responsabilité d’une personnalité qui utilise sa notoriété pour promouvoir une opération immobilière qui devient ensuite litigieuse ? La réponse appartient à la justice. Le simple fait d’apparaître dans une vidéo, de recommander un projet ou d’avoir perçu une rémunération ne suffit pas, à lui seul, à établir une complicité pénale.

L’information judiciaire devra déterminer, pour chaque personne, la nature exacte de son intervention, les éventuelles sommes reçues, ce qu’elle savait au moment des faits et si elle a, le cas échéant, apporté sciemment une aide aux infractions poursuivies.

Le parquet évoque notamment des qualifications telles que l’association de malfaiteurs, l’escroquerie portant sur du numéraire par appel public à l’épargne, l’abus de confiance, le faux et usage de faux, la complicité d’escroquerie et le blanchiment de capitaux. Ces qualifications constituent le cadre des poursuites et des investigations ; elles ne valent pas condamnation.

Le rôle de la justice

Le procureur national financier a par ailleurs requis un mandat de dépôt contre Rita Djédjé. Il s’agit d’une réquisition du parquet dans le cadre de la procédure et non d’une condamnation. La présomption d’innocence demeure donc applicable aux personnes mises en cause.

Au-delà du dossier, cette affaire met en lumière une problématique plus large : celle de la confiance accordée aux célébrités, influenceurs et personnalités publiques lorsqu’ils recommandent des investissements à leur audience.

L’information judiciaire devra donc établir les faits, retracer les éventuels flux financiers et déterminer les responsabilités individuelles

Dans le domaine foncier notamment, la notoriété peut renforcer la crédibilité d’une offre sans constituer pour autant une garantie juridique sur la propriété ou la régularité du bien proposé. L’information judiciaire devra donc établir les faits, retracer les éventuels flux financiers et déterminer les responsabilités individuelles.

En attendant, il convient de parler d’escroquerie présumée, de personnes mises en cause et de complicité alléguée ou poursuivie, plutôt que de culpabilité établie. Les plaignants ont droit à la vérité et, si les faits sont démontrés, à la réparation de leur préjudice. Les personnes mises en cause ont, elles aussi, droit à la présomption d’innocence et à une appréciation de leur responsabilité fondée sur les preuves. Dans cette affaire, la vérité judiciaire devra donc primer sur l’emballement médiatique.

Minka Sidé

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