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Hautes tensions : La mort peut frôler à tout moment, mais la mairie est la grande impuissante

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Une gare routière sous les hautes tensions à Koumassi Zoé Bruno/Ph Credo

Insouciants et parfois ignorants des risques qu’ils encourent en étant sous ces hautes tensions de la commune de Koumassi, suspendues au-dessus de leurs têtes. Entre chercher le gain quotidien, le plaisir d’une journée et les clients embarquant pour leurs destinations, ils semblent aussi ignorer ce fait. Pourtant, l’implacable réalité est là, bien présente, et se dessine à tout moment : la catastrophe ou la mort.

À Koumassi, au quartier Zoé Bruno, les hautes tensions redessinent la vie de ces nombreuses personnes qui, chaque jour, arpentent ces endroits, soit pour chercher de l’argent, soit pour jouer au ballon. Et, dans ces quartiers précaires de cette commune d’Abidjan, plusieurs endroits sont recouverts de câbles électriques, jonchant ces lieux.

Ce samedi matin, la gare de wôrô-wôrô (véhicules aux conditions douteuses, dont certains ne disposent pas de pièces administratives) grouille de monde. Dans cette gare, plus de 30 véhicules stationnés et klaxonnant à tue-tête attendent des clients potentiels pour les embarquer vers un autre lieu.

Et, dans ces quartiers précaires de cette commune d’Abidjan, plusieurs endroits sont recouverts de câbles électriques, jonchant ces lieux

Ces clients ne se soucient guère du danger qui les guette. Eux, leur seul objectif est d’arriver à bon port, à leurs domiciles respectifs. Mais bien que ne craignant rien de ce danger, des jeunes filles, au nombre de quatre, sont inquiètes du présent.

« Effectivement, lorsque nous avons levé la tête, au-dessus de nous, il y a de gros câbles de fils. Cela fait peur ! On ne sait jamais quand un fil, par circonstance, peut céder de là-haut et tomber sur une personne attendant dans cette gare pour embarquer à destination. Nous craignons pour notre sécurité, en étant dans ce lieu de la mort à ciel ouvert… Vraiment, que la mairie et l’État réagissent avant qu’il y ait mort d’hommes dans cette gare routière », ont-elles affirmé, avec une peur bleue au ventre.

Drissa, un chauffeur de wôrô-wôrô, affirme que c’est dangereux d’être dans ce lieu rempli de hautes tensions. Mais que faire ? « Nous sommes là depuis au moins 10 ans, et nous vaquons tranquillement à nos occupations, sans qu’il y ait un jour de danger de mort. Personne ici n’a déjà vécu un tel phénomène, depuis que nous squattons ce lieu », s’est-il exprimé.

Une gare routière sous les hautes tensions )) Zoé Bruno/Ph Credo

Un autre commerçant, non loin de la gare, du prénom d’Amidou, est conscient du danger qu’il encourt en étant sous les câbles électriques. Pour lui, depuis au moins dix ans, il exerce ses activités sans problème. Toutefois, il reconnaît qu’à tout moment, le danger peut surprendre. « Actuellement, nous n’avons pas de places où faire notre commerce. C’est difficile de nos jours d’avoir de la place et d’exercer pleinement son activité commerciale. »

Une gare routière aussi…

Au bureau de l’Union nationale des transports de Côte d’Ivoire (Untci), structure qui gère les gares de wôrô-wôrô dans ce quartier, on nous a donné rendez-vous pour une prochaine fois, avant de nous expliquer les raisons pour lesquelles ils sont sous ces hautes tensions. Depuis des jours, nous les avons relancés, sans aucune suite de la part des responsables de la gare routière de Zoé Bruno, Koumassi.

Pour eux, tous les samedis et jours fériés, ils s’entraînent sur ces aires de jeu

Toujours dans ce quartier de Zoé Bruno, les jeunes se livrent à une partie de sport. À quelques encablures se trouve un terrain de sport bâti par la mairie de Koumassi, il y a de cela 10 ans, selon les informations recueillies çà et là. Pour eux, tous les samedis et jours fériés, ils s’entraînent sur ces aires de jeu. Interrogés sur le danger des hautes tensions suspendues au-dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès, ils reconnaissent la dangerosité de ces fils.

« Nous sommes conscients de ce fait, mais il revient à la mairie de Koumassi de répondre à ces questions. Puisqu’elle sait qu’il y a des hautes tensions à ces endroits, et elle est venue bâtir des aires de jeu. Nous voyons le danger imminent en étant sous ces câbles. Aussi, non loin de ce lieu, il y a, juste après le bitume, une autre aire de jeu, où les tout-petits jouent tranquillement et où se déroulent des manifestations publiques, sans que les autorités ne s’inquiètent du danger que peuvent courir ces enfants », a déclaré un groupe de jeunes joueurs.

Sur cette aire de jeu, deux jeunes gardiens entendent les conversations et s’invitent au débat. « Écoutez monsieur, posez la question à la mairie de Koumassi, qui pourra évidemment vous répondre. Nous sommes ici pour déstresser, les samedis matin. C’est tout. Nous ne pouvons rien vous dire à ce sujet », disent-ils, avec un air insouciant.

Un établissement scolaire sous les câbles

Dans ce lieu, il y a un établissement scolaire privé du cycle secondaire appelé « Collège d’enseignement secondaire (CES) », situé sous des câbles électriques. Cet établissement secondaire est quant à lui traversé par des câbles passant au-dessus de cette école, alors qu’il y a des élèves qui, chaque jour, viennent dans cette école pour étudier, et qui, après, s’amusent dans la cour.

Dans cette école, nous nous y sommes rendus pour avoir l’avis du directeur de cet établissement, qui, selon son collaborateur, serait absent pour quelques jours. Nous donnant rendez-vous pour une prochaine fois, le temps que le fondateur soit là, parce qu’empêché par un voyage à l’intérieur du pays.

Le Collège d’enseignement secondaire de Koumassi (CES)/Ph Credo

Ouattara, directeur des études, conscient du danger imminent qui plane sur les élèves, a affirmé que c’est néfaste pour la santé et le bien-être des enfants qui étudient dans cet établissement. « Nous sommes au fait de ce gros risque, mais que faire ? Certes, depuis que nous sommes dans ce lieu, il n’y a pas encore eu de morts d’élèves, encore moins d’enseignants. Nous prions Dieu afin que le pire n’arrive pas un jour », a déclaré Ouattara.

Bia Sud, un autre quartier de Koumassi

Sous ces hautes tensions, de nombreux commerçants comme des garagistes, des commerçants de cantine et de nourriture exercent leurs activités sans problème. Alors que sous ces gros câbles électriques, qui sont dangereux pour la vie, ils écument leurs activités sans se soucier du danger. Konaté, un commerçant de cantine, est là depuis au moins 20 ans dans ce quartier, malgré la présence de ces câbles électriques. À l’époque, ce lieu était jonché d’une plantation de bananeraie. Au fil des ans, il est devenu un espace squatté par beaucoup d’entre nous aujourd’hui.

Depuis 1992 qu’il est dans ce lieu, il paie régulièrement les taxes au niveau de la mairie de Koumassi. Selon des « riverains » rencontrés, chaque année, la mairie de Koumassi s’invite dans ces endroits pour mesurer les lieux occupés et impose un prix, une sorte d’ODC (Occupation de domaine rural), que nous payons tous les ans. « Nous sommes dans ce lieu parce que la mairie de Koumassi l’aura voulu. Sinon, pour certains, ils étaient avant au quartier de la pharmacie Soleil de Koumassi, avant de revenir sur ce lieu, devenu un danger pour nous tous », pensent des riverains.

Dans ce quartier, il y a aussi toutes sortes de commerces qui fleurissent aux alentours de ces hautes tensions. En plein midi, ces quelques personnes disent ne pas quitter ce lieu, même si elles présentent des dangers pour leur sécurité. En dépit de ce danger permanent dans ce lieu, ces commerçants disent éviter d’être déguerpis de ce lieu pour un autre endroit.

Koumassi campement

Dans ce gros quartier de bidonville qu’est Koumassi campement, ces hautes tensions sont suspendues au-dessus des habitations et autres lieux de commerce qui pullulent en ces endroits. Pendant au moins deux heures d’horloge de promenade, les hautes tensions sont considérées comme les maîtres des lieux. Des engins installés depuis des mois, parfois avec des pannes mécaniques, jonchent les rues. Ou du moins prennent pratiquement des superficies. Un bruit assourdissant effraie tout passant, surtout lorsqu’il est midi.

« On ne peut rien faire. C’est notre métier de faire de la mécanique et autres en ce lieu. Certes, nous gênons des personnes qui sont dans les habitations, qui veulent en découdre avec nous parfois, mais nous leur présentons nos excuses à cause des nombreuses imperfections que créent nos activités », a expliqué Ouattara Abou, tôlier.

Ces gigantesques quartiers parcourus, entourés de câbles électriques de tout genre, laissent la conscience des personnes dans le désarroi. Et, depuis des années, des pères de famille et autres sont sous ces endroits à haut risque, avec le concours de la mairie de Koumassi qui, selon le responsable de la presse et des médias, « est incapable de les reloger ailleurs. Au prétexte qu’il n’y a plus de places dans cette commune ».

Alors qu’elle sait pertinemment que le danger, en ces lieux, ne prévient pas. La mort. Faut-il attendre que la mort frappe ou décime des personnes travaillant dans ces endroits pour venir apporter réconfort et assistance ? Absolument non.

La mairie de Koumassi s’explique

Ces populations sont installées là de façon anarchique. Ce n’est pas la mairie qui leur a octroyé un quelconque droit de s’installer sous les hautes tensions

Interrogé sur les installations des commerçants et autres sous les emprises, Youba Coulibaly, chargé de la presse, des médias et de la communication de la mairie de Koumassi, explique que ce phénomène n’est pas nouveau dans cette commune. Cela date depuis belle lurette, et peut-être que Koumassi n’avait pas encore été érigée en commune. « Ces populations sont installées là de façon anarchique. Ce n’est pas la mairie qui leur a octroyé un quelconque droit de s’installer sous les hautes tensions. Elles sont venues d’elles-mêmes et ont occupé ces endroits. »

Youba Coulibaly, chargé de la presse et médias de la communication à la mairie de Koumassi/Ph Credo

Évoquant le cas des aires de jeu qui sont dans le quartier Zoé Bruno de Koumassi, il affirme que « la mairie a installé ces aires de jeu à ces endroits compte tenu de la pression foncière. C’est pratiquement à la demande des populations que ces aires de jeu ont été érigées. Quand on arrive dans un quartier et qu’il n’y a plus d’espaces, des doléances sont émises par ces populations, surtout les jeunes (qui réclament parfois des espaces récréatifs) ; en les créant, cela a permis de sécuriser l’environnement au niveau de l’insalubrité, mais pas des zones d’habitations, plutôt d’activités (mécaniciens, ferrailleurs, etc.), qui sont installés sous les hautes tensions. Pendant la nuit, il y a des quartiers habités à l’arrière de ces zones, où il y avait des agressions. » Selon lui, des aires de jeu ont été installées de façon temporaire, afin de permettre à la population de s’épanouir. Sinon, ce ne sont pas des aires de jeu installées de façon pérenne.

Les taxes payées par « les riverains » ?

Coulibaly a reconnu l’effectivité des taxes que paient par mois ou par an les commerçants sous les emprises. « Les taxes qu’ils paient ne leur donnent pas une propriété foncière, mais plutôt des taxes liées à l’activité qu’ils exercent en ces lieux. Quand la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) a des travaux, en collaboration avec la mairie, elle demande que les commerçants déguerpissent les lieux. Dès que les travaux finissent, ils recolonisent aussitôt les lieux. En définitive, les taxes sont liées à leurs activités qu’ils pratiquent sur ces lieux. Ce n’est pas parce qu’ils sont installés sous les hautes tensions qu’ils ne paieront pas de taxes. »

La pression foncière à Koumassi

Selon Coulibaly, Cissé Bacongo Ibrahima, ministre-gouverneur, qui fut maire de la commune de Koumassi, a délocalisé des personnes qui étaient sur des sites à risques. Aujourd’hui, il y a une sectorisation de certaines activités. Les hautes tensions implantées à Koumassi, qui partent de Camp Commando jusqu’au grand campement, sont estimées à 8 km ; ce sont les mêmes types d’activités pratiquées.

Aujourd’hui, quels espaces peut-on trouver dans la commune de Koumassi, sachant que nous avons la problématique de la pression foncière ? C’est ce qui pose problème. La mairie veut les délocaliser vers la route de Grand-Bassam, mais ils estiment que ça ne les arrange pas. Il y a près de 5 000 personnes qui travaillent sous ces hautes tensions, à Koumassi.

Magloire Madjessou

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