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Tuberculose : Entre médicaments gratuits et combat pour survivre, les patients attendent la guérison

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Le Centre antituberculeux (CAT) de Koumassi, situé au boulevard du 7 décembre/Ph Credo

En Côte d’Ivoire, depuis juillet 1985, la prise en charge des patients atteints de tuberculose est assurée gratuitement par l’État. Consultations, examens, contrôle médical, médicaments : dans les Centres antituberculeux appelés communément CAT, les malades trouvent un accompagnement essentiel, souvent vital. Pourtant, malgré cette prise en charge, la maladie continue de frapper, particulièrement dans certains districts sanitaires du pays. Au Centre antituberculeux de Koumassi, les patients saluent les efforts consentis, mais beaucoup attendent, avec une impatience mêlée d’angoisse, le jour, où ils pourront, enfin, tourner la page de la maladie.

Ce lundi 27 avril 2026, il est 8h40 lorsque nous arrivons au Centre antituberculeux (CAT) de Koumassi, situé sur le boulevard du 7 décembre. Sous un hangar aménagé, des hommes et des femmes sont assis, silencieux pour la plupart. Les visages sont fermés, parfois graves. Certains portent un cache-nez, comme pour rappeler que la maladie est là, invisible mais présente, accrochée aux corps et aux souffles.

Un calme lourd, presque assourdissant. Les regards se croisent sans vraiment se rencontrer

Dans cette cour exiguë, le calme règne d’abord en maître. Un calme lourd, presque assourdissant. Les regards se croisent sans vraiment se rencontrer. Chacun attend son tour. Le lundi est ici un jour particulier : celui du grand rendez-vous hebdomadaire pour le renouvellement gratuit des médicaments.

Puis, soudain, le silence se brise. Des noms sont appelés. Les patients se lèvent, un à un. Le médecin procède à la distribution. Pour ceux qui reçoivent leurs kits, le soulagement est visible. Certains les serrent contre eux comme un bien précieux. D’autres, plus pressés, avalent immédiatement leurs gros comprimés avec un peu d’eau. Mais derrière ce geste d’espoir se devine aussi la fatigue d’un combat long, exigeant, parfois épuisant.

Koné N., 59 ans, vigile dans une entreprise de la place, souffre de Tuberculose multirésistante (TBMR) depuis août 2025. Amaigri par la maladie, le regard fatigué mais la parole ferme, il s’approche de nous. D’emblée, il confie : « Je souffre de TBMR. » Cette forme de tuberculose, plus complexe, affecte les mêmes organes que la tuberculose habituelle, notamment les poumons, mais elle résiste à certains traitements classiques. Elle peut provoquer une perte de poids importante, une fièvre légère, une grande fatigue, une toux persistante, des crachats et des douleurs thoraciques lorsque les poumons sont touchés.

Koné atteint de la TBMR/Ph Credo

Hospitalisé auparavant pour des problèmes pulmonaires au Centre hospitalier universitaire de Treichville-Abidjan (CHU), Koné explique que Dr Akaffou lui a recommandé de se rendre directement au CAT de Koumassi pour des examens approfondis. « Je suis à mon huitième mois de traitement. Le mois prochain, je finis mon traitement », dit-il, avec une lueur d’espoir dans la voix.

Il insiste surtout sur la gratuité de la prise en charge. « Les examens effectués ici ne m’ont rien coûté. Les médecins ne m’ont rien demandé comme argent. Tout a été fait gratuitement. Parfois même, on nous donne des kits alimentaires et de l’argent pour le transport, afin que nous puissions nous nourrir correctement et rentrer chez nous », reconnaît-il.

À quelques mètres de lui, G. Roxane, 20 ans, élève en classe de Terminale dans un lycée privé de Koumassi, suit également son traitement. Elle souffre d’une Tuberculose sensible (TBS) depuis mars 2026. De petite taille, à peine 1,50 m, elle affiche aujourd’hui un visage plus serein. Il y a encore quelques semaines, pourtant, la maladie la minait lentement.

« Je souffrais d’une toux sèche et persistante. Malgré les médicaments que je prenais, rien ne changeait. Je commençais à maigrir. Je pensais que c’était le paludisme », raconte-t-elle. Face à la persistance des symptômes, c’est sa tante qui l’a conseillé de se rendre au CAT de Koumassi pour faire d’autres examens. C’est là que le diagnostic tombe : tuberculose.

Roxane avoue qu’elle ne connaissait presque rien de cette maladie qui la rongeait silencieusement. Elle ressentait de fortes douleurs à la poitrine et perdait du poids. « Ici, les médecins nous ont expliqué que c’est une maladie respiratoire, contagieuse et mortelle si le traitement n’est pas bien suivi », rapporte-t-elle.

Dame K.Y atteinte de la TBS, mais attend d’être guérie/Ph Credo

Après deux mois de traitement, la toux persiste encore

Dame K.Y., elle aussi, a connu les errements du diagnostic. Pendant plusieurs semaines, elle se rendait régulièrement à l’hôpital et prenait toutes sortes de médicaments contre la toux, sans amélioration réelle. Un jour, les médecins parlent d’infection et d’anémie. Elle décide alors de se rendre au CAT de Gonzagueville, à Port-Bouët, pour des examens complémentaires. C’est là qu’elle apprend qu’elle est atteinte de tuberculose.

Après deux mois de traitement, la toux persiste encore. Une connaissance qui la suit depuis le début de la maladie lui conseille alors de se rendre au CAT de Koumassi pour d’autres examens, notamment une radiographie et des analyses de crachats. Comme les autres patients, elle est intégrée au circuit de prise en charge.

Traitement de la maladie

Au CAT de Koumassi, la gratuité est au cœur du dispositif. Dr Gnangbé née N’Guessan Kissi Yvonne, médecin-chef du centre, explique que le malade ne débourse rien dès son admission. « La consultation, les examens de crachats, la radiographie, les contrôles et les médicaments sont gratuits. Le patient ne paie rien », précise-t-elle. Pour certains malades atteints de Tuberculose multirésistante (TBMR), dont le traitement peut durer jusqu’à deux ans, un appui au transport est parfois accordé, à hauteur d’environ 1 000 FCFA.

Mais si les médicaments sont gratuits, le traitement, lui, exige une rigueur implacable. Les équipes médicales rappellent sans cesse aux patients l’importance de respecter les heures de prise et la régularité du traitement. La guérison dépend aussi de cette discipline quotidienne.

Koné se souvient encore de ses premiers jours au centre. « Quand je venais ici au début, j’avais même du mal à me tenir debout », raconte-t-il. Le traitement était lourd. « Au départ, on m’a recommandé de prendre seize comprimés par jour. Cinq mois après, je suis passé à huit ou neuf comprimés. Je prends notamment de l’Ethambutol 400 mg, du Pyrazinamide 400 mg, de la Moxifloxacine ou Floxsafe 400 mg, et de la Clofazimine 100 mg », explique-t-il.

Tous les lundis, il effectue ses examens de crachats, souvent à jeun. Mais il sait aussi que ces médicaments puissants exigent une alimentation suffisante. « Si vous ne mangez pas après, les médicaments vous affaiblissent physiquement », prévient-il. Il en parle avec gravité, comme quelqu’un qui a déjà connu les vertiges, l’épuisement et la peur de ne pas tenir.

Aujourd’hui, pourtant, Koné ne ressent presque plus les symptômes qui l’accablaient auparavant. Par prudence, il a pris des mesures strictes pour protéger sa famille. « J’ai fait partir ma famille dans une autre ville pour éviter de la contaminer. Après les examens, le personnel nous a aussi conseillé d’avoir chacun nos propres assiettes, gobelets et cuillères. Je préfère être prudent », dit-il. Puis, avec un sourire discret, il ajoute après 7 mois: « Aujourd’hui, quand je fais mes examens de crachats chaque semaine, c’est toujours négatif. »

Roxane, elle aussi, mesure le chemin parcouru. Elle se souvient des examens réalisés au CAT : crachats, radiographie, test du VIH/Sid

Roxane, elle aussi, mesure le chemin parcouru. Elle se souvient des examens réalisés au CAT : crachats, radiographie, test du VIH/Sida. « Le test du VIH a été fait pour savoir s’il y avait une autre maladie en plus de la tuberculose. Je n’ai pas déboursé un seul centime pour ces examens, ni pour les médicaments que je prends actuellement », affirme-t-elle.

La jeune fille G. Roxane, malade depuis 2 mois de la TB/Ph Credo

Chaque matin, elle prend trois comprimés à heure fixe. « Dès qu’il est 6h, je prends mes comprimés. Une heure après, je mange beaucoup pour reprendre mes forces. Je me sens mieux qu’avant. Quand je ne prenais pas encore les médicaments, j’étais beaucoup plus mince », témoigne la jeune fille.

Dame K.Y. suit également son traitement avec discipline. Les médecins lui ont prescrit quatre comprimés au départ, en fonction de son poids, puis trois comprimés après deux mois. Trois mois après le début du traitement, elle constate une nette amélioration. « Je me sens beaucoup mieux », confie-t-elle. Elle reconnaît toutefois que certains effets secondaires peuvent apparaître. Les médecins, dit-elle, lui ont expliqué que ces séquelles peuvent disparaître progressivement.

Dans sa structure professionnelle, ses responsables sont informés de sa maladie. « J’ai été mise en quarantaine jusqu’à ce que la période de contamination passe », raconte-t-elle.

Efficacité des traitements contre la TB

Pour Dr Gnangbé née N’Guessan Kissi Yvonne, médecin-chef du CAT de Koumassi depuis janvier 2018, raconte que tout malade qui franchit les portes du centre doit être soumis à une série d’examens, y compris le dépistage du VIH/SIDA. « Le VIH et la tuberculose forment un couple redoutable », explique-t-elle. En 2025, selon les données des CAT de Koumassi et de Port-Bouët, le taux de co-infection VIH/tuberculose était de 13 %, soit 104 personnes.

Dr Gnangbé N’Guessan Kissi Yvonne, médecin-chef du CAT de Koumassi/Ph Credo

« Le VIH et la tuberculose forment un couple redoutable », explique-t-elle. En 2025, selon les données des CAT de Koumassi et de Port-Bouët, le taux de co-infection VIH/tuberculose était de 13 %, soit 104 personnes

Lorsque les patients sont co-infectés, la prise en charge suit un protocole précis. « Nous commençons par le traitement antituberculeux pendant quinze jours. Ensuite, un rendez-vous est donné au patient, puis le traitement antirétroviral est engagé », détaille Dr Gnangbé Kissi Yvonne.

Elle insiste cependant sur un point essentiel : la tuberculose se guérit. « Les médicaments se prennent à jeun, très tôt le matin. Il faut attendre au moins une heure avant de prendre le premier repas. Lorsque le patient respecte son traitement et effectue régulièrement ses contrôles, il guérit. C’est une maladie curable », martèle-t-elle.

L’efficacité des médicaments est visible chez plusieurs patients. Koné, atteint de TBMR, se dit aujourd’hui « presque rétabli ». Il se souvient encore de son extrême faiblesse. « Chaque fois que je venais ici, j’étais couché, très faible. On aurait dit une personne atteinte du Sida. Mais, par la grâce de Dieu, les médicaments ont agi sur ma santé. Je me sens parfaitement bien », confie-t-il.

Roxane, qui doutait au départ, reconnaît-elle aussi les effets positifs du traitement. « Grâce à ces médicaments, je marche normalement. La toux a beaucoup diminué. Avant, je toussais presque toutes les minutes, je vomissais aussi », raconte-t-elle. Elle précise ne consommer ni cigarette ni alcool. Selon elle, elle aurait pu contracter la maladie dans son entourage ou dans les transports en commun, qu’elle emprunte régulièrement.

Des patients souvent à bout de souffle

Mais derrière l’espoir suscité par les traitements, une autre réalité demeure : la précarité. Beaucoup de malades n’ont pas les moyens de se nourrir correctement après la prise des médicaments. Or, ces traitements sont lourds. Pris à jeun, ils exigent ensuite une alimentation suffisante pour éviter l’affaiblissement, les vertiges et parfois l’abandon du traitement.

Comme lui, de nombreux patients veulent guérir, mais se heurtent à la dureté de leurs conditions de vie

Koné vit avec son modeste salaire de vigile. Il reconnaît qu’il ne s’en sortirait pas toujours sans l’aide de bonnes volontés. Comme lui, de nombreux patients veulent guérir, mais se heurtent à la dureté de leurs conditions de vie. Comment respecter scrupuleusement un traitement lorsque l’on ne peut pas s’acheter un bol de riz ? Comment tenir face à des comprimés puissants lorsque l’on n’a même pas 200 FCFA pour acheter du pain ?

Le Centre antituberculeux (CAT) de Koumassi/Ph Credo

Cette difficulté, silencieuse mais omniprésente, pèse lourdement sur le parcours des malades. Certains interrompent leur traitement, faute de moyens pour se nourrir ou se déplacer. D’autres reviennent au centre après une rechute. Dans les CAT de Côte d’Ivoire, ces patients sont enregistrés comme « nouveaux cas et rechutes ». Derrière cette formule administrative se cachent des vies fragiles, des familles inquiètes, des corps éprouvés et une même impatience : guérir enfin.

Au CAT de Koumassi, la gratuité des soins sauve des vies. Les médicaments redonnent de la force. Les médecins rassurent, écoutent, accompagnent. Mais pour ces malades, presque satisfaits du dispositif, le combat n’est pas seulement médical. Il est aussi social, alimentaire, financier et psychologique. Tous attendent le même jour : celui où le dernier comprimé sera avalé, où le dernier contrôle confirmera la guérison, et où la tuberculose ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

Magloire Madjessou

Encadré 1

Des chiffres qui parlent…

A Koumassi, où se trouve le Centre antituberculeux (CAT), qui est un district, qui couvre aussi celui de Port-Bouët. Concernant la zone de Coordination qui regroupe les deux communes Port-Bouêt et Koumassi, avec toutes formes confondues, les chiffres sont estimés à 1.021 de personnes atteintes de la maladie. Parmi les malades, il y des nouveaux cas et rechutes, on dénombre 104 et nouveaux cas et rechutes formes contagieuses (TB+), il y a 820. Ainsi, il y a des malades, qui pour des raisons dont on ignore, n’ont pu pratiquer le traitement jusqu’à son terme. Cette forme appelée « retraitement », avec une étape contagieuse 16.

Pour le nombre de personnes atteintes de TBMR, en 2025, il y avait 27. 1er semestre 15 et 2è semestre 12. Pour l’année 2024, il y avait 36 TBMR. Selon le Médecin chef du CAT de Koumassi, ces données n’ont pas encore été validées par le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT), mais par contre, validé par le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle.

M.M

Encadré 2

Les hommes les plus infectés, des quartiers touchés à Abidjan

Des patients atteints de la tuberculose viennent de différentes zones du district de Koumassi. Si les chiffres avancés, nous permet d’apprécier le nombre de ces personnes atteintes de la maladie, toutefois, ils proviennent des quartiers pauvres de la commune de Koumassi et de Port-Bouët.

Il y a le quartier Houphouët-Boigny appelé Grand campement de Koumassi et Sans Fil de Koumassi ; Abattoir et Adjahui, qui sont des quartiers de la commune de Port-Bouët. Selon le CAT de Koumassi, la dominance des tuberculeux pour l’année 2025 concerne les hommes 50 et 23 pour les femmes.

De plus en plus, les malades de la tuberculose affluent dans les Centres antituberculeux de Côte d’Ivoire, afin de recevoir gratuitement leurs médicaments. Si par extraordinaire, les médicaments étaient en rupture, pour 2 jours voire une semaine, quelle possibilité est-elle envisagée? Le 7 du mois, vers la fin du trimestre, les commandes sont faites et livrées aux CAT de Côte d’Ivoire.

« Nous avons au moins 3 mois voire 6 mois de stocks de médicaments dans notre CAT de Koumassi. Si au niveau de la Nouvelle pharmacie, il peut avoir des molécules qui vont être en rupture, cela ne veut pas dire que celle-ci est nationale. Au niveau national, nous avons des plateformes de gestion de médicaments, s’il y a le CAT ou CDT, qui en manquent, on informe la plateforme et des dispositions sont prises aussitôt », explique le médecin chef du CAT de Koumassi, espérant qu’il ne peut avoir de « rupture totale ».

Les commandes de médicaments se font en fonction de patients dépistés au cours du trimestre. Pour le nombre de stocks de médicaments disponibles au CAT de Koumassi, vers fin mars 2026, il y avait 313 boîtes de tous médicaments confondus. C’est-à-dire pour les TBS (129) et TMBR (184).

M.M

Encadré 3

La mendicité, un moyen utilisé pour suivre le traitement

Depuis que l’Etat ivoirien a pris en charge totalement les coûts des médicaments, la consultation et autres examens dans les CAT de Côte d’Ivoire, cette situation est saluée par les milliers de patients. Toutefois, ces volumineux médicaments avalés par jour par les patients n’est pas une chose aisée. Si la volonté y est pour recourir à la guérison en consommant ces molécules, l’autre se sont les finances qui font énormément défaut chez certains malades.

Pour ceux, qui souffrent de cette maladie, sont obligés de quémander ou mendier de l’argent ou trouver des astuces dans le but d’acheter de la nourriture. Souvent, ils sont amenés à dire à leurs proches que j’ai besoin d’argent pour payer le transport ou payer les médicaments de mon fils. Or, en réalité, c’est pour acheter de la nourriture pour manger. Car, ces gros médicaments avalés sont d’une dose extrême, au point que si vous ne mangez pas après leur prise, vous risquez d’avoir du vertige ou de vous affaiblir physiquement. Voici autant de problèmes que rencontrent ces patients, qui sont dans des quartiers précaires d’Abidjan, et qui ne sont pas aidés, parfois.

Si l’on doit éradiquer définitivement cette maladie dangereuse et mortelle en Côte d’Ivoire, au-delà de la prise en charge de l’Etat, il faut aller plus loin. Assister ces personnes, qui vivent de ces situations difficiles, les fournir une modeste subvention mensuelle, veiller à leur état de santé de sorte qu’elles se disent : « l’Etat ivoirien nous suit de près… ». C’est seulement à partir de ces stratégies salutaires qu’on pourra éradiquer cette maladie dangereuse et mortelle dans notre pays.

M.Madjessou

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