Située au sud de la Côte d’Ivoire, la sous-préfecture de Yaou est une zone productrice de cultures vivrières, dont les légumineuses. Mais ces légumineuses, notamment l’arachide est semée sur des portions de terres exposées à chaque saison à des inondations. Ce qui empêche les paysannes d’exercer cette activité en plein temps. Reportage.
A Yaou, dans le département d’Aboisso, nombreuses sont les femmes, qui, réunies au sein de la coopérative Sidonobiel des femmes dynamiques du Sanwi (Sfeds Coll Cr) ont fait de la culture de l’arachide, l’une de leurs principales activités. Parmi celles-ci se trouve dame Nirada Toh. Elle est détentrice d’1 ha d’arachide cultivé dans un bas-fond en bordure de La Bia.
Elle explique que « c’est par manque de terres cultivables que je suis venue semer ici. Les gens ont pris toutes les terres pour planter le manioc ». N’ayant plus de places arables, Nirada Toh et d’autres membres de la coopérative ont demandé et obtenu des espaces abandonnés par les propriétaires aux alentours du fleuve La Bia pour faire leurs plantations d’arachides.
Idem pour Dah Tongo, Sangou Maïga et bien d’autres qui exercent cette activité dans le but de nourrir leur famille…
Palé Edie, une autre femme, qui a fait son champ d’arachide sur deux espaces différents valant aussi 1 ha a expliqué, « ces espaces que nous occupons étaient tous parsemés de bambous de chine. C’est la raison pour laquelle les propriétaires ne les exploitaient pas et nous l’ont donné à cette fin », soutient-elle. Courageuses, ces femmes ont abattu les bambous de chine ou les gros arbres, et rendues les terrains exploitables, a témoigné dame Palé.
La culture de l’arachide pour prendre soin de la famille
L’intérêt de ces femmes de Yaou pour la culture de l’arachide répond à des besoins alimentaires comme financiers. Mémé Some, une sexagénaire indique « je suis âgée et je n’exerce aucune activité. Si je ne fais pas la culture d’arachide, je ne pourrai pas venir en aide à mes petits-enfants ». Idem pour Dah Tongo, Sangou Maïga et bien d’autres qui exercent cette activité dans le but de nourrir leur famille, mais également, dans la perspective de commercialiser ces légumineuses et tirer profit de leur vente. L’atteinte de ce rêve passe inéluctablement par des sacrifices. L’un des grands sacrifices que ces dames réalisent, c’est qu’après la semence, elles restent de jour comme de nuit, à veiller sur les champs pour ne pas que les oiseaux viennent picorer les grains d’arachide plantés.

Outre cette obligation, les femmes paysannes doivent désherber leurs champs pour enlever les mauvaises. Elles veillent aussi à ce que les criquets et autres les insectes ne piquent pas les feuilles des plantes pour les détruire. Pour cela, elles ne cessent de prévenir ces maladies des plantes, en y pulvérisant des insecticides. Aussi, pulvérisent-elles des produits phytosanitaires pour l’entretien des plantes et favoriser une bonne production.
La résilience des productrices de Yaou
Ce n’est pas la première fois que la plupart de ces femmes, devenues membres de la coopérative Sidonobiel des femmes dynamiques du Sanwi (Sfeds Coll Cr) exercent cette activité. Beaucoup ont cultivé l’arachide l’an passé, à l’instar de Nirada Toh. Elle a exploité un espace d’un hectare. Ses dépenses pour la mise en valeur de ce lieu se sont élevées à 60 000 F Cfa mais la vente de ses produits ne lui a rapporté que la somme de 28.000 F Cfa. Cette dame a été notoirement la plus chanceuse du groupe parce que parmi elles, si certaines ont pu amortir leurs investissements, d’autres ne l’ont pas pu, car elles ont fait leurs récoltes au moment, où la production abondait sur le marché. Elles ont vendu donc leur production à des prix dérisoires sur le marché.
D’une capacité de plus de 1.000 adhérentes, regroupées en 44 sections, cette coopérative repose sur trois maillons dont la culture du haricot, de l’arachide, du maïs, et d’autres vivriers
Mais cette perte n’a aucun cas affecté la détermination de ces femmes, qui comptent sur les conseils et le soutien de la responsable de la coopérative pour les aider à booster et à vendre leurs produits. Mais pour une bonne récolte aussi, ces paysannes prient afin qu’avant la fin du mois de mai, La Bia ne déborde pas de son lit pour inonder leurs espaces et détruire leurs semences.
Si les femmes de Yaou ont eu le courage de reprendre la culture de l’arachide, c’est grâce aux encouragements d’une femme : Mme Poda Oho Agnès Epse Kambou, une véritable motivatrice.

Fondatrice de la coopérative Sidonobiel des femmes dynamiques du Sanwi (Sfeds Coll Cr), Mme Kambou a su susciter en la femme un dynamisme nouveau, à telle enseigne que se battre pour leur autonomisation est devenue le leitmotiv de tous les membres de cette coopérative qui s’étend sur deux régions, à savoir le Sud-Comoé et La Mé. D’une capacité de plus de 1.000 adhérentes, regroupées en 44 sections, cette coopérative repose sur trois maillons dont la culture du haricot, de l’arachide, du maïs, et d’autres vivriers. Si la culture du haricot est exercée dans la région de La Mé, celle de l’arachide particulièrement revient aux braves dames de Yaou en raison du sol qui est sableux et argileux, précise Mme Kambou.
Construire des entrepôts pour conserver les productions
Pour cette année, le souci de la fondatrice de la coopérative est d‘aider les femmes de ce village à faire une bonne production ainsi qu’une bonne vente. Mme Kambou qui a bénéficié d’une formation sur la ‘’ bonne pratique agricole sur le manioc, le maraîcher, le vivrier’’ de 2022 à 2023 auprès des services de l’Agence nationale d’appui au développement rural (Anader) compte mettre cette expérience au profit de ses membres pour atteindre ce but.
Grâce à ses connaissances qu’elle leur a enseignées, les paysannes traitent le sol avant les semences avec les anti-fongicides, les anti-fômes, l’engrais MPK. « Dès que les plants poussent, on commence à traiter avec les insecticides, les produits phytosanitaires. (…) 2 ou 3 semaines après la germination, on commence l’assimilation foliaire pour favoriser la production et lutter contre les attaques externes », indique-t-elle.
Mme Kambou reconnaît que la production de l’arachide se fait de manière bio, mais sachant que le système de production pratiqué par les femmes est archaïque, elles sont obligées d’utiliser des produits biologiques pour booster la croissance et la vigueur de leurs plantes.

Aussi, si l’an passé n’ont-elles pas tiré profit de leurs activités, cette année la coopérative a prévu de les soutenir dans la vente de leurs produits. Pour cela, la présidente a prévu de construire, ‘’ des entrepôts traditionnels ‘’ sur des sites pour stocker et conditionner les productions. Cette initiative évitera aux femmes de brader leurs productions, de patienter et faire face à loi de l’offre et de la demande, en vue de rentabiliser leur activité.
Une telle initiative motivera encore plus de femmes de Yaou et d’autres villes, a souligné Mme Kambou, où cette culture est favorable à s’y intéresser. Qui a toutefois souhaité que ces braves dames bénéficient de moyens modernes comme les semoirs en vue de leur permettre d’élargir leurs champs et à rentabiliser leurs productions sans trop se fatiguer.
L’arachide, un facteur de lutte contre les changements climatiques
La consommation de l’arachide procure assez de vitamines aux consommateurs, car, à l’instar de toutes les légumineuses, cette plante contient assez de vertus. Dr Essohouna Modom Banla, sélectionneur et chef programme légumineuses à graines à l’Institut de recherche agronomique au Togo, a déclaré le 12 janvier 2026, « les légumineuses sont riches en protéines. Elles contiennent des vitamines ». Sur le plan sanitaire, « quand quelqu’un a le diabète par exemple, on l’encourage à mettre des légumineuses dans son alimentation », a révélé le spécialiste, qui intervenait lors d’un webinaire organisé par le Réseau des journalistes scientifiques d’Afrique francophone (Rjsaf). Il a fait remarquer que si « à la récolte, on utilise les grains des légumineuses pour les humains », les feuilles sont destinées aux animaux.

Pour le Dr Essohouna Modom Banla, en lieu et place des protéines animales, il serait avantageux d’utiliser les feuilles des légumineuses pour l’élevage. Cette solution bio semble pour lui une option importante pour lutter contre l’émission des gaz à effet de serre dans l’élevage. Au niveau de l’agriculture, il a souligné, « les légumineuses sont une solution aux changements climatiques », en ce sens que ces plantes « sont des espèces qui n’utilisent pas assez d’engrais et parfois, elles n’en demandent même pas ; contribuant ainsi à la réduction du (Ges). En réduisant les Gaz à effet de serre (Ges), naturellement on réduit les effets du changement climatique », a fait remarquer le spécialiste.
Au niveau de l’agriculture, il a souligné, « les légumineuses sont une solution aux changements climatiques »
Qui a révélé que « les légumineuses ont aussi une capacité de fixer l’azote atmosphérique au sol » afin que cela fertilise le sol et soit utile à la plante pour sa physiologie. Ainsi, les paysans pourront associer les plantes et pratiquer la rotation culturale. « Ce qui fait qu’après une culture d’arachide par exemple, on fait suivre une culture de maïs ».
Cette rotation culturale, les paysannes de Yaou ne peuvent la pratiquer parce que leurs champs d’arachides sont en bordure de La Bia. Une fois les champs d’arachides terminés, elles ont le regard tourné vers la pluviométrie afin qu’il n’y ait pas de grandes pluies avant le mois de mai pour ne pas que le fleuve déborde de son lit et détruise leurs plantes. Donc, leurs soucis, ce n’est pas de faire une rotation culturale, mais plutôt de sauver leurs champs. Généralement, après la récolte, le sol cultivé et les feuilles d’arachides ne servent plus à rien en raison de l’inondation qui s’en suit. Ces braves femmes doivent encore attendre l’année qui suit pour reprendre cette activité.
Pour pallier cette situation, Mme Kambou et ses ‘’amazones’’ doivent se rendre auprès des chercheurs pour acquérir d’autres variétés de semences susceptibles de produire avant trois mois pour les cultiver. Elles pourront en faire de même pour les variétés de maïs afin de tirer le maximum de bénéfices de cette activité.
Dans le but de connaître la politique du gouvernement ivoirien en faveur des légumineuses, le 25 mars 2026, nous avons adressé un courrier au Secrétaire général du Fonds pour la sciences, la technologie et l’innovation (Fronsti). Jusqu’au 14 avril 2026, aucune suite n’a été donnée à notre demande.
Aka Ahoussi, Envoyé spécial








































« 2020 a été proclamée l’année de «Faire taire les armes sur le Continent». Comment réussir cette prouesse dans un continent aux prises avec des phénomènes prégnants tels que le terrorisme, les conflits intercommunautaires, les crises pré et post électorales ou encore les différends entre Etats ? En agissant de manière concrète sur tous ces sujets et leurs causes profondes, en se donnant les moyens politiques, militaires et diplomatiques, le pari de faire taire les armes pourrait être gagné.»