Accueil A la une Bianouan : À Kintô, des producteurs abandonnés malgré leurs efforts

Bianouan : À Kintô, des producteurs abandonnés malgré leurs efforts

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Mme Assemian Koko Noëlle et les membres de la coopérative '' Yèklo Yègnon"/Ph Credo

Situé dans la sous-préfecture de Bianouan (département d’Aboisso),  à 5 km du Ghana, Kintô est un village comprenant plusieurs campements. La population vit de cultures industrielles, mais aussi de cultures vivrières, dont le riz, la banane, le curcuma, etc. Mais ces habitants n’arrivent à écouler leurs productions, par manque d’acheteurs, en raison du mauvais état des routes. Reportage

Vendredi 15 mai 2026. Tôt le matin, à pied comme à moto, des populations  vivant à Kintô, comme dans les campements environnants convergent vers  Broukouakoukro, un campement rattaché au village. Et ce, dans le but d’échanger avec l’équipe de reportage de Credochristi.com, qui séjourne depuis la nuit du  14 mai dans ce campement.

Avant la rencontre, notre équipe de reportage a bénéficié d’une visite guidée dans les différents champs de banane, de curcuma, de piment, d’aubergines et de riz. L’on a pu se rendre compte de l’abondance de nourriture abandonnée dans les champs. Les vivriers comme le piment, les aubergines mûrs sont délaissés sur leurs tiges. Il en est de même pour les racines de curcuma ignorées dans la terre. Pour les fruits, n’en parlons pas. Les orangers, les graviolas (corossoliers), les manguiers, etc. brandissent aux premiers venus leurs fruits pourris ou ayant jaunis sur leurs différentes branches.

Après les champs de piments, d’aubergines, etc., toujours à  moto, notre guide Dassé Ambroise nous conduit dans une rizière puis dans un champ de maïs appartenant à son épouse. La rizière d’une capacité d’un hectare venait d’être plantée nouvellement, explique son époux, sur un espace défriché par Mme Dassé.

A la suite de cette visite guidée, retour à Broukouakoukro, où nous attend les membres de la coopérative ‘’Yèklo Yègnon’’, dirigée par  Mme Assemian Koko Noëlle. Kintô est un village de moins de 300 habitants, dont 60 d’entre eux ont décidé d’unir leurs forces au sein de la coopérative citée plus haut, en vue d’exercer ensemble.   

C’est avec ces paysans que nous avons rendez-vous en vue d’échanger avec eux et mieux connaître leurs réalités. Loin des conférences de presse classiques dans des bureaux huppés, c’est sous un gros arbre de manguier, nous procurant de l’air frais, que nous avons échangé, avec ces paysans exerçant dans différents domaines agricoles, dont la riziculture.

Chaque année, au sein de la coopérative ‘’Yèklo Yègnon’’, chaque membre  exploite au moins un (1) ha de bas-fond, indique Dja Konan, Secrétaire de la coopérative, pour cultiver le riz

Chaque année, au sein de la coopérative ‘’Yèklo Yègnon’’, chaque membre  exploite au moins un (1) ha de bas-fond, indique Dja Konan, Secrétaire de la coopérative, pour cultiver le riz. Qui lui-même, est riziculteur depuis 2004. 1 ha, voire 1 ha et ½, c’est la surface que Dja Konan Mathias exploite chaque année pour semer le riz. Il dépense en moyenne 100 000 f pour la mise en valeur du bas-fond et l’achat des intrants et de la main d’œuvre.  

A la fin de la  récolte, c’est une production de 4 tonnes qu’il obtient généralement. « Depuis que j’exerce cette activité, ma plus grande production, je l’ai réalisé en 2024 avec 5 tonnes », indique-t-il.

Malgré les difficultés, les populations, chaque année font des rizières/Ph Credo

Mais ces productions, il ne réussit pas à les commercialiser car la demande est très faible. « En raison de l’état de la route, personne ne vient ici pour solliciter nos marchandises », souligne-t-il, avec amertume. Toutefois, à chaque période, Dja Konan Mathias fait l’effort de vendre une partie de sa production pour éponger les dépenses et parfois payer les crédits. Une partie du reste de la production sert à l’alimentation, tandis que l’autre partie est mis toujours sur le marché pour d’éventuels clients.

L’état des routes

Sobé Gabriel, un autre riziculteur, qui exploite aussi une parcelle d’un 1 h et ½, n’échappe pas à cette réalité. L’homme qui produit annuellement plus de 3 tonnes de riz ne cesse pas d’énumérer tout le calvaire qu’il rencontre pour ne vendre qu’une fine partie de sa production.

A Kintô, ce sont au moins 30 tonnes de riz que produisent les membres de la coopérative ‘’Yèklo Yègnon’’, indique Dja Konan Mathias, secrétaire de ladite coopérative. Chacun produit soit 3 tonnes ( t), 2,5 t, 2 t, 1,5 t. L’assemblage de cette production atteignait 30 tonnes. Mais cette production a baissé en raison de la mévente des produits, de la baisse du pouvoir d’achat des producteurs et pour diverses autres raisons.

La mévente des produits est liée au mauvais était de la route, a renchéri Mme Assemian Koko Noëlle, présidente de la coopérative. « Même si les hommes viennent payer nos produits, comment vont-ils faire pour les envoyer en ville ? », s’est-elle demandé, avant de répondre, « il n’y a pas de route. Où vont-ils passer ? », s’est-elle encore interrogée, donnant ainsi raison aux acheteurs qui refusent de se rendre à Kintô et ses environs.

Kintô est distant de Bianouan d’une trentaine de km. Mais il faudrait au moins 2 heures pour parcourir cette distance à moto. Crevasses, de grands étangs d’eau, de grandes côtes glissantes par endroits, tel est l’état de la route qui se présente au visiteur. Et ceux qui osent affronter cette route malgré tout, payent cache le prix de leur obstination, en abandonnant leur véhicule ou camions sur les collines qu’ils n’arrivent pas à grimper surtout en saison des pluies.

Un champ de piment et de curcuma à Kintô

Le propriétaire d’un camion de 5 tonnes chargé de marchandises a abandonné son camion au bas d’une colline…

Notre équipe de reportage a été témoin d’une de ces scènes à N’Dakro, un campement situé entre Kintô et Sogan. Le propriétaire d’un camion de 5 tonnes chargé de marchandises a abandonné son camion au bas d’une colline dans la perspective de chercher un moyen pour venir le désembourber.

De 30 tonnes à 20 tonnes 

Outre le problème de route,  la baisse de la production est également liée à un problème de financement. La production de Mme Kakou Affoué Hélène qui était de 1,5 tonne a chuté pour passer à 600 kg, ces cinq dernières années. Elle explique que, « quand le cacao était bien acheté, j’utilisais l’argent de ce produit de rente pour compenser les pertes et je continuais la culture du riz. Maintenant avec la crise du cacao, nous n’avons plus d’argent pour acheter les intrants et prendre une main-d’œuvre pour travailler. C’est ce qui explique cette baisse de la production ».         

Amara Komenan Djoré dont la production a chuté d’un tonne (1t) à 500 kg a ajouté, « je n’ai plus les moyens pour prendre des enfants pour surveiller la plantation. Cela fait que les oiseaux picorent une partie de la semence, ainsi qu’une partie de la production dont les plants n’ont pas été détruits par les agoutis. Evidemment, le résultat final ne sera plus comme avant », conclut-il.

Toutes ces difficultés ont fait que depuis ces cinq dernières années, la production annuelle du riz à Kintô est passée à 20 tonnes par an, fait-on remarquer.

Une production bradée sur le marché  

 Dans ce village, après la récolte, le riz est conservé dans des sacs spéciaux d’une capacité de 100 kg. « En 2004, le sac de 100 kg était vendu à 12 500 F Cfa. Ce prix a grimpé au fur et à mesure pour atteindre 20 000 F cfa, l’an passé », témoigne Dja Konan Mathias. « Cette année, le sac de 100 kg coûtera 15 000 F »,  indique-t-il..

Malgré ces difficultés,  Kintô ne renonce pas à la culture du riz. La preuve en est que pour cette année, la coopérative ‘’Yèklo Yègnon’’ a déjà réservé un espace avoisinant 2 ha pour semer du riz.  Pour Kambiré Germaine qui pratique cette activité depuis 15 ans, « si on n’abandonne la culture du riz, qu’est-ce qu’on va manger » ?, s’est-elle interrogée, exprimant qu’outre la vente, le riz produit sert aussi à la consommation locale.

Un champ de maïs et de banane à Kintô

A Kintô, les populations sont également de  gros producteurs de curcuma, de banane plantain, d’aubergines, de manioc, de piment, etc. La présidente de la coopérative qui cultive la banane plantain depuis une dizaine d’années,  explique qu’il est difficile de quantifier cette production parce que « nous ne vendons pas la banane en gros. Nous vendons ces produits en détail. Lorsqu’une personne demande à payer un ou deux régimes de banane, je coupe pour les lui vendre. S’il n’y a pas de clients, on en consomme et le reste des régimes de banane murissent et pourrissent au champ là-bas ». Elle n’a pas manqué d’ajouter qu’elle tient à cette culture parce que chaque année, « je m’en sers pour faire des dons ».

Face à toutes ces situations que connaît le village, Assemian Koko Noëlle a lancé un appel à l’aide. « Ici à Kintô, nous produisons assez de produits de consommation. Nous voulons participer aussi à l’autosuffisance alimentaire de notre pays. Mais nous sommes freinés par l’état de nos routes qui ne facilitent pas l’acheminement de notre production vers la ville. C’est pourquoi, je  demande aux autorités politiques et administratives, aux personnes de bonne volonté de nous aider à quitter dans la souffrance dans laquelle nous sommes ».

Aka Ahoussi, envoyé spécial

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