
Durant deux jours (3 et 4 septembre 2026), l’atelier national de priorisation des services publics numériques, a eu lieu, dans un hôtel d’Abidjan. Le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a célébré un aboutissement qui, à ses yeux, décidera de tout : la capacité de l’État ivoirien à coordonner ses efforts.
Nongolougo Soro, directeur général de la Société nationale de développement informatique (SNDI), avait livré les chiffres sur les 620 services publics recensés auprès des ministères et institutions, 140 analysés en profondeur par les 9 groupes de travail ; 59 d’entre eux, jugés à fort impact, doivent être « priorisés immédiatement ».
Après analyses, on retient 5 infrastructures communes comme identité numérique, échange de données, passerelle de paiement unique, services de confiance et registres de référence. Tandis que dix « réalisations rapides » ont été retenues pour une mise en service d’ici à la fin 2026 : de l’authentification des diplômes à la preuve de vie numérique des retraités, en passant par le dossier patient informatisé ou la boîte postale numérique.
Le diagnostic, lui, est sans détour. L’État souffre d’une « fragmentation des plateformes », d’un manque d’interopérabilité et de « l’absence d’identité numérique unique » : le même identifiant national, relève Soro, n’est pas exploité de la même manière d’une administration à l’autre. D’où la revendication, martelée, d’« une super app, un seul portail d’accès unique pour tous les services publics ».
La gouvernance, « priorité numéro un »
Interrogé sur sa première priorité par le président de la Société financière internationale (SFI), il assure avoir répondu sans hésiter : « la priorité numéro un […], c’est d’arriver à mettre un cadre de gouvernance sur la transition numérique ». Et de prévenir : « si on n’a pas un cadre de gouvernance […], on ne pourra rien faire ». D’où son plaidoyer, assumé comme tel, pour la relance du « CN Digit », un conseil national du numérique qu’il propose de placer sous la présidence du premier ministre, épaulé d’un comité interministériel et d’un secrétariat exécutif chargé du suivi.

Rare pour un membre du gouvernement, Ouattara a accompagné cette architecture d’une critique sans ménagement des pratiques passées. Trop de projets, a-t-il estimé, ont été montés à l’envers, pour capter un financement disponible plutôt qu’à partir de besoins clairement définis. « le travail qu’on devait faire en amont n’a pas été fait suffisamment ». Il a cité, chiffres à l’appui, un projet d’appui à l’administration électronique doté d’une soixantaine de milliards de francs CFA, un autre d’accélération digitale de 94 milliards, ou encore un réseau de fibre optique modernisé « dans lequel aucun service ne passe ».
Enfin, le ministre de la Transition numérique a appelé les entreprises locales à se saisir de trois programmes lancés par son département, à savoir IvoirTech Next15, IvoirTech Skill Up et GovTechLab plaidant pour un « contenu local » capable de bâtir les futures infrastructures, y compris dans l’intelligence artificielle. « On a le devoir, en tant que gouvernement de créer un écosystème autour de nous » où la compétence « est retenue en Côte d’Ivoire ».
Son ambition affichée, 700 services coordonnés en trois ans, une administration « zéro papier » en 2030 — se heurtera, l’atelier l’a montré, moins à la technologie qu’à la coordination d’un État morcelé. « Le numérique, c’est être connecté », a-t-il lancé, filant la métaphore jusqu’à l’appel du soir en famille. La connexion qu’il réclame, pourtant, est d’abord institutionnelle. « Je déclare […] clos cet atelier de priorisation des services publics », a-t-il conclu, à la fin de l’atelier de 2 jours.
Magloire Madjessou, avec Sercom










































« 2020 a été proclamée l’année de «Faire taire les armes sur le Continent». Comment réussir cette prouesse dans un continent aux prises avec des phénomènes prégnants tels que le terrorisme, les conflits intercommunautaires, les crises pré et post électorales ou encore les différends entre Etats ? En agissant de manière concrète sur tous ces sujets et leurs causes profondes, en se donnant les moyens politiques, militaires et diplomatiques, le pari de faire taire les armes pourrait être gagné.»