Accueil A la une École ivoirienne : Derrière les chiffres de la rentrée, des défis persistent

École ivoirienne : Derrière les chiffres de la rentrée, des défis persistent

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Les élèves attendent avec impatience le jour de la rentrée scolaire/Ph Credo

À l’approche de la rentrée scolaire prévue le 14 septembre prochain, l’école ivoirienne était au cœur des échanges dans l’émission NCI 360 du dimanche 30 août 2026. Effectifs, orientation, conditions de travail des enseignants, poids du secteur privé, disponibilité des manuels et qualité des apprentissages : le débat a permis de mettre en lumière plusieurs défis auxquels reste confronté le système éducatif ivoirien.

Les chiffres présentés dans le reportage de NCI donnent déjà une idée de l’ampleur de la rentrée. Du 11 au 27 juillet 2026, 418 785 élèves de CM2 et 185 215 élèves de 3e ont utilisé les plateformes mises à leur disposition pour formuler leur choix d’établissement dans le cadre des opérations d’orientation et d’affectation.

Pour l’entrée en 6e, 522 027 élèves ont été affectés. Parmi eux, 291 384, soit 58,25 %, ont rejoint le public, contre 208 843, soit 41,75 %, dans le privé. En seconde de l’enseignement général, 218 943 élèves ont été orientés. Le public en accueille 111 547, soit 69,09 %, tandis que 49 909 élèves, soit 30,91 %, sont orientés vers le privé.

Pour les orientations en seconde technique, le reportage indique 34 380 élèves, dont 33 046, soit 96,12 %, dans le privé, contre 1 334, soit 3,88 %, dans le public

La situation est différente dans l’enseignement technique. Pour les orientations en seconde technique, le reportage indique 34 380 élèves, dont 33 046, soit 96,12 %, dans le privé, contre 1 334, soit 3,88 %, dans le public. En première année de Brevet de technicien (BT), 22 943 élèves sont concernés : 20 354, soit 88,72 %, dans le privé, contre 2 589, soit 11,28 %, dans le public. Ces chiffres montrent ainsi le poids considérable du secteur privé dans la prise en charge des élèves, particulièrement dans l’enseignement technique. Une réalité sur laquelle Yoboué Kouakou, Secrétaire général national du syndicat des acteurs du privé de l’éducation de Côte d’Ivoire, a longuement insisté.

Pour Yoboué Kouakou, le discours sur la préparation de la rentrée ne doit pas masquer la situation du privé. S’il reconnaît que dans l’ensemble, tout va bien lorsqu’on regarde le secteur tel qu’il est présenté aux Ivoiriens, il estime qu’une autre réalité reste largement ignorée. « Dans le secteur qu’on ne veut pas projeter, là-bas, rien ne va du tout », affirme-t-il. Le syndicaliste parle même d’une obscurité totale dans laquelle serait plongée l’enseignement privé. Selon lui, malgré le rôle majeur joué par ce secteur dans l’éducation des élèves ivoiriens, « personne ne veut éclairer, ni en parler ».

Il estime à 90 000 le nombre de travailleurs concernés et décrit des enseignants qui ne seraient plus dans une logique de simple exercice du métier, mais dans une véritable lutte pour leurs conditions de vie. « Ces 90 000 travailleurs du privé de l’éducation survivent. Ils ne vivent pas », soutient-il, avant d’ajouter qu’ils « luttent pour survivre ».

Yoboué Kouakou a, par ailleurs, salué l’arrivée du nouveau ministre de l’Éducation nationale et ses priorités annoncées : les élèves, les enseignants et les manuels scolaires. Pour lui, ces trois éléments constituent des piliers essentiels de l’école et doivent être traités ensemble.

La question de la valorisation du métier d’enseignant a également été soulevée par Ange Bilé, instituteur et citoyen engagé. Pour lui, les conditions de travail doivent être placées au centre des préoccupations. « Sans enseignant, il ne sert à rien de construire de belles écoles », a-t-il estimé. Il évoque notamment les difficultés liées aux affectations de certains enseignants issus des Centres d’animation et de formation pédagogique (CAFOP). L’exemple d’enseignants formés à Korhogo et finalement affectés à Sassandra a été cité. Pour Ange Bilé, cette situation mérite une phase de réclamation afin de permettre aux concernés de faire valoir leurs choix.

Une école confrontée aux inégalités entre les territoires

Landry Kuyo, juriste et formateur à l’École nationale d’administration (ENA), estime que l’État doit pouvoir disposer de données suffisamment fiables…

Les difficultés de l’école ivoirienne ne se présentent cependant pas de la même manière partout. Les réalités d’Abidjan ne sont pas celles d’un village situé dans une zone rurale ou forestière. Landry Kuyo, juriste et formateur à l’École nationale d’administration (ENA), estime que l’État doit pouvoir disposer de données suffisamment fiables pour déterminer où se trouvent réellement les besoins et y déployer les enseignants et les infrastructures nécessaires.

Les conditions de logement dans les zones rurales constituent également un problème. Lorsqu’un enseignant est affecté dans une localité où les logements sont insuffisants ou peu adaptés, son intégration et son maintien dans cette zone peuvent devenir difficiles. Les problèmes d’accès à certaines localités compliquent également la situation. Routes difficiles, éloignement et manque de commodités peuvent décourager les enseignants et favoriser les demandes de retour vers les grandes villes.

Les manuels scolaires, un autre défi

La disponibilité des manuels scolaires a également été présentée comme une difficulté persistante. Un téléspectateur intervenant depuis Dabou a notamment regretté leur arrivée tardive dans certaines écoles, particulièrement dans le primaire public. « Ces manuels-là viennent souvent en fin d’année », a-t-il affirmé. Pour lui, cette situation complique davantage les apprentissages alors que les enseignants doivent déjà composer avec des effectifs importants et des conditions de travail parfois difficiles.

Le débat de NCI 360 a finalement ramené la question de la rentrée à un enjeu plus large : celui de la qualité de l’école ivoirienne. Dr Kamenan Arthur Yobouet, consultant-sociologue du politique et de l’intégration, a notamment évoqué le taux de réussite au BAC présenté sur le plateau, soit 40 % cette année. Un résultat qui signifie qu’une majorité des candidats n’a pas obtenu l’examen.

Les récentes assises consacrées à l’éducation ont également été qualifiées comme une étape importante dans la recherche de solutions. Parmi les pistes avancées figurent également une meilleure prise en compte des différences entre zones urbaines et rurales, l’amélioration de l’accès aux établissements, les conditions de logement des enseignants et une utilisation plus efficace des données pour déterminer les besoins réels en personnel.

À quelques jours de la rentrée, les chiffres montrent donc l’ampleur des effectifs à prendre en charge. Le débat de NCI 360 rappelle surtout que derrière ces chiffres se trouvent des élèves, mais aussi des enseignants dont les conditions de travail et de vie restent au cœur des défis de l’école ivoirienne.

Isaac Mendy (Stagiaire)

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