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Concours de beauté : Quand la couronne vaut plus que le talent

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Les candidates miss méritent-elles autant de biens dans leur vie? Ph DR

Miss Côte d’Ivoire : des voitures, des maisons et des voyages pour la beauté, pendant que les génies du pays peinent à vivre de leur savoir-faire. Une hiérarchie des valeurs qui mérite d’être questionnée.

Chaque année, les concours de beauté, à l’image de Miss Côte d’Ivoire, mobilisent les foules, attirent les sponsors et suscitent l’admiration du public. La jeune femme couronnée peut repartir avec des récompenses impressionnantes : une somme d’argent, une voiture neuve, une maison de luxe, des voyages à travers le monde et des rencontres avec des personnalités célèbres. De quoi faire rêver plus d’une candidate !

Mais derrière les paillettes, les applaudissements et les sourires de circonstance, une question dérange : qu’est-ce qui justifie que la beauté physique soit parfois récompensée avec autant de générosité, tandis que des compétences essentielles au développement de notre pays restent dans l’ombre ?

Pendant que la reine de beauté reçoit les clés d’une voiture flambant neuve, où sont les récompenses dignes de ce nom pour le meilleur chirurgien, l’architecte le plus innovant, le chercheur qui sauve des vies, l’ingénieur qui conçoit des solutions adaptées à nos réalités ou l’enseignant qui forme les générations futures ? Combien de ces femmes et de ces hommes, dont le travail améliore concrètement la qualité de vie des populations, vivent dans des conditions précaires, malgré des années d’études, de sacrifices et d’efforts ? Le contraste a de quoi interpeller.

La beauté, un mérite ou un don de la nature ?

Posons la question sans détour : qu’a fait une Miss pour mériter d’être belle ? A-t-elle choisi les traits de son visage, la couleur de sa peau, sa silhouette ou les caractéristiques physiques qui séduisent le jury ? Pour une large part, ces attributs relèvent de la génétique, de l’hérédité et, pour ceux qui y croient, de la Providence.

Certes, participer à un concours de beauté exige de la préparation, de la discipline, de l’assurance, de l’élégance, une bonne expression orale et parfois un engagement social. Ces qualités méritent d’être reconnues. Réduire une Miss à son physique serait donc injuste. Cependant, faut-il pour autant que la beauté, qui n’est pas en elle-même une compétence professionnelle, ouvre les portes à des récompenses matérielles dont certains travailleurs hautement qualifiés ne peuvent même pas rêver ?

C’est là que le débat prend toute son importance. Il ne s’agit pas de réclamer la suppression des concours de beauté, mais de questionner la place que notre société leur accorde et les valeurs qu’elle choisit de promouvoir.

Quand l’apparence prend le dessus sur l’effort

Une société se juge aussi à ce qu’elle célèbre. Lorsqu’elle consacre des moyens considérables à récompenser l’apparence, tout en laissant les talents scientifiques, techniques et intellectuels insuffisamment valorisés, elle risque d’envoyer un message préoccupant à sa jeunesse : être admiré pourrait rapporter davantage que travailler, inventer ou produire des solutions utiles à la collectivité. Ce message n’est pas forcément celui que les organisateurs souhaitent transmettre. Mais il peut être celui que certains jeunes retiennent.

À quoi bon consacrer de longues années à la médecine, à l’architecture, à la recherche ou à l’ingénierie si la reconnaissance sociale et les avantages matériels semblent davantage accessibles par d’autres voies ? Pourquoi encourager un jeune à devenir un chercheur exceptionnel si les distinctions les plus visibles sont réservées à des domaines qui ne contribuent pas directement, au même degré, à résoudre les problèmes fondamentaux du pays ?

Le danger est de banaliser le travail, l’effort et la compétence, au profit d’une culture de l’apparence et de la facilité. À terme, cette inversion des priorités peut constituer une forme de décrochage moral et psychologique : les ambitions individuelles risquent de se détourner des métiers qui bâtissent une nation.

La Miss, une compagne pour les riches ?

Pour justifier l’intérêt de ces concours, certains avancent qu’ils permettraient à des hommes fortunés de rencontrer leur future compagne ou leur épouse. Une explication qui mérite, elle aussi, d’être interrogée.

Les hommes riches auraient-ils besoin d’un concours pour rencontrer une femme qui leur plaît, l’approcher avec respect et lui déclarer leur amour ? Les relations humaines doivent-elles devenir une sorte de marché où la beauté féminine est exposée, évaluée et récompensée comme une marchandise ? Une Miss est avant tout une personne, avec ses aspirations, ses compétences, ses ambitions et sa liberté de choisir son partenaire. Elle ne saurait être réduite à une vitrine destinée à satisfaire les préférences d’une clientèle fortunée.

L’amour, le mariage et la rencontre ne devraient pas servir de justification à une mise en scène qui pourrait renforcer l’idée que la valeur d’une femme dépend d’abord de son apparence ou de sa capacité à séduire.

Récompenser aussi ceux qui bâtissent le pays

Les dirigeants des pays en développement, dont la Côte d’Ivoire, gagneraient à réfléchir à cette hiérarchie des récompenses. Les concours de beauté peuvent avoir leur place dans la société, à condition de ne pas occuper un espace disproportionné au regard de la reconnaissance accordée aux autres formes d’excellence. Pourquoi ne pas organiser, avec une visibilité comparable, des distinctions nationales récompensant le meilleur médecin, le meilleur architecte, le meilleur enseignant, le meilleur agriculteur, le meilleur chercheur ou le meilleur entrepreneur social ? Pourquoi ne pas accompagner ces distinctions de bourses, de financements pour des projets innovants, d’équipements professionnels ou de soutiens à la recherche ?

Il ne s’agit pas d’opposer les femmes belles aux travailleurs compétents, ni de reprocher aux Miss de recevoir des cadeaux offerts par des partenaires privés. Il s’agit de rappeler que la beauté et le talent ne relèvent pas du même registre et que les récompenses ne devraient pas faire oublier les priorités collectives.

Une voiture offerte à une reine de beauté n’est pas, en soi, un obstacle au développement. Mais un pays qui sait célébrer ses reines de beauté et peine à honorer ses meilleurs cerveaux doit s’interroger sur ses choix. La beauté peut attirer les regards, mais c’est le talent qui construit les nations. Un pays qui veut se développer durablement doit apprendre à applaudir autant celles et ceux qui séduisent par leur apparence que celles et ceux qui transforment la société par leur intelligence, leur courage et leur travail.

Car, au bout du compte, une couronne peut faire briller une personne pendant un an. Le savoir, l’innovation et le travail bien accompli peuvent, eux, améliorer la vie de millions de personnes pendant des générations.

Minka Sidé

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