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Crise de cacao : Le Ppa-ci pointe les difficultés sur « la propagande », « l’exclusion des couches » et « leur mépris et la corruption endémique »

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Dr Koné Katinan (milieu), Tchéidé Gervais (juste après) ont coanimé la conférence de presse/Ph DR

Depuis la campagne du cacao 2025-206, qui est un produit très important pour l’économie ivoirienne, des paysans et producteurs rencontrent d’importantes difficultés depuis le mois de décembre 2025, pour l’écoulement de leur produit. Récemment, le ministère de l’Agriculture a fait une conférence de presse, pour rassurer les producteurs sur leurs produits, qui sont stationnés dans des ports. Le Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (Ppa-ci), au vu de cette situation grave de la filière cacaoyère, a pointé la mauvaise gouvernance du régime Rhdp. Selon le parti de Gbagbo, le prix qui est de 2800 FCfa/ kg est économiquement intenable.

Depuis le début de la campagne cacao 2025-2026, la filière cacao ivoirienne traverse une crise majeure. Cette crise précarise davantage la situation économique et sociale des acteurs de la chaîne cacaoyère, avec une acuité particulière pour les planteurs.

Désemparés, ceux-ci crient leur détresse sous diverses formes. Dans certaines localités, ils expriment bruyamment leur colère. Même si pour le moment, cette situation ne s’est pas dégénérée en manifestations de masses hostiles contre le gouvernement, force est d’admettre que le malaise est profond dans le milieu des planteurs.

Le PPA-CI, fondamentalement attaché à la justice sociale et proche des populations notamment celles issues des couches sociales les plus démunies, ne peut rester insensible au drame que vivent les planteurs et autres acteurs de la chaîne économique de cacao. Ce d’autant plus que cette crise impacte une forte partie de la population active et porte sur le pilier central de l’économie ivoirienne. La présente déclaration s’organise autour des trois axes suivants :

  • Les faits
  • L’analyse des faits
  • La position du PPA-CI
  • LES FAITS
    la campagne cacaoyère 2025-2026 a été ouverte le 1er octobre 2025. Pour cette campagne, le gouvernement a fixé le prix bord champ à 2800 FCFA/kg. Malgré ce prix attrayant, de nombreux observateurs avaient déjà relevé un début de campagne timide. En témoigne l’article de l’Agence Ecofin du 14 octobre 2025 qui reprend une dépêche de Reuters. Ainsi l’on peut lire dans cet article que :

« En Côte d’Ivoire, le début de la campagne cacaoyère 2025-2026 est moins vigoureux entre le 1er et le 12 octobre. Les arrivées des fèves dans les ports d’Abidjan et de San-Pedro totalisent 48 000 tonnes selon les estimations des exportateurs relayés par Reuter. Le stock annoncé enregistre un repli de 52% par rapport à celui enregistré au cours de la même période de la campagne précédente ».

Ce qui apparaissait comme une situation conjoncturelle liée à des questions de logistique (pluie prolongée rendant les pistes impraticables pour la desserte des points de collecte du cacao) va s’avérer être plutôt une crise profonde qui secoue violemment tout le secteur cacaoyer.

Cette crise se manifeste principalement par les difficultés rencontrées par les producteurs et les acheteurs à écouler la production, malgré une récolte disponible.

Jusqu’à ce jour, des dizaines de camions-remorques chargés de cacao, estimé à plus d’une centaine de milliers de tonnes, sont stationnés au port d’Abidjan depuis le mois de décembre, sans possibilité de déchargement. Les autorités en charge de l’administration et de la gestion de la filière cacaoyère estiment à plus de 123 000 tonnes ce qu’elles appellent, certainement pour mieux dissimuler l’ampleur de la crise, le stock résiduel de cacao.

Le 14 janvier 2026, le Directeur général du Conseil café/cacao, dont les propos ont été rapportés par Abidjan.net du mercredi 14 janvier 2026, a déclaré que « des cargaisons de cacao sans connaissement bloqués au port d’Abidjan. Ces camions sont dans l’illégalité. C’est de la fraude ».

Quels que soient le qualificatif que le gouvernement attribue à cette situation, elle bloque toute la chaîne cacaoyère et pénalise en premier lieu les planteurs.  En effet, il est suffisamment rapporté que ceux-ci se retrouvent dans une situation embarrassante qui consiste à choisir entre un prix très bas mais qui est payé instantanément ou une vente à crédit contre la remise d’un récépissé valant reçu de vente.

Il arrive même des cas où l’infortune des paysans résulte de la combinaison des deux options, c’est-à dire que non seulement le prix d’achat est bas comparé au prix annoncé, mais le paysan est contraint de vendre sa production à crédit. Devant les nombreuses obligations financières auxquelles ils font face, notamment la rentrée scolaire et les fêtes de fins d’années, beaucoup de planteurs ont fait le choix de brader leurs produits.

Afin de sortir de l’impasse, le gouvernement a décidé de racheter le stock des 123 000 tonnes et a décaissé à cet effet 280 milliards de FCFA. A l’analyse, cette solution alternative a un effet placébo sans régler structurellement le problème qui relève plutôt d’un dysfonctionnement profond de la chaîne de commercialisation du cacao, pourtant pilier de l’économie nationale.

II–L’analyse des faits

L’analyse des faits nous conduit à rechercher les causes réelles de la crise et à évaluer la pertinence des solutions envisagées par le gouvernement.

  1. Les causes

Le PPA-CI identifie plusieurs causes qui relèvent toutes de la mauvaise gouvernance de la filière cacaoyère par le régime RHDP.

  • Une fixation du prix bord champ à des fins de propagande électoraliste

Le prix du cacao, fixé à 2 800 FCFA/kg au début de la campagne, est intervenu dans un contexte où les cours internationaux du cacao étaient déjà orientés vers la baisse.
Cette décision, loin de s’appuyer sur une analyse économique durable, semble avoir eu pour principal objectif de séduire les producteurs dans un contexte pré-électoral, en vue de l’échéance présidentielle de 2025.

La preuve de la fragilité est apparue rapidement : un mois seulement après son annonce, les cargaisons de cacao ont commencé à être refoulées dans les ports ivoiriens, révélant l’absence de mécanisme d’accompagnement capable de soutenir ce prix sur la durée.

Le refus des exportateurs d’acheter au prix fixé.

Les exportateurs, confrontés à la baisse du prix sur le marché international (passé d’environ 5 000 FCFA/kg à près de 3 800 FCFA/kg), jugent le prix bord champ de 2 800 FCFA/kg économiquement non tenable.

Dans une situation normale, le fonds de garantie, constitué par le prélèvement d’environ 40 % des excédents générés lors des campagnes précédentes, aurait dû être mobilisé pour compenser la perte des revenus des paysans consécutive à une baisse des cours mondiaux.

Il est constant que les deux précédentes campagnes 2023/2024 et 2024/2025 ont enregistré une embellie des cours mondiaux sans commune mesure avec les prix d’achat bord champ appliqués aux planteurs. Il en a résulté mécaniquement de grosses plus-values enregistrées par l’Etat.

Au lieu d’actionner le mécanisme de la garantie, tout laisse croire plutôt que les autorités en charge de la filière et certains exportateurs temporiseraient jusqu’au mois de mars, période de la petite traite qui verra forcément le prix d’achat bord champ diminué du fait de la forte tendance baissière des cours sur le marché international.

Dans une telle perspective, les exportateurs pourraient être tentés de suspendre leurs achats, laissant les producteurs et acheteurs locaux dans une impasse totale. Il ne s’agit ni plus ni moins de manœuvres spéculatives au détriment des planteurs.

 – Le blocage de la délivrance des connaissements

Le connaissement est un document officiel délivré en ligne par le Conseil Café-Cacao. Il est indispensable pour permettre aux coopératives et aux acheteurs d’acheminer le cacao jusqu’au port et d’y procéder au déchargement.

Dans le cadre de la stratégie consistant à « gagner du temps », la délivrance de ces connaissements a été ralentie ou bloquée, sous prétexte de problèmes techniques. Ce même argument a d’ailleurs été utilisé par le Directeur Général du Conseil pour qualifier d’illégaux les camions stationnés aux abords du port, alors même qu’ils transportent une production issue d’une campagne officiellement ouverte.

  • Une quote-part dérisoire pour les acheteurs et autres intermédiaires

Malgré un prix élevé de 2 800 FCFA/kg, la quote-part des acheteurs livrant au port est restée plafonnée à 100 FCFA/kg d’une campagne à une autre sans tenir compte de l’augmentation générale des charges d’exploitation (transport, crédit, risques financiers).

Face à une marge inchangée, les acheteurs jouent sur la réduction du prix d’achat bord-champs dans des rapports transactionnels qui se nouent au détriment des producteurs. Des acheteurs ont tout simplement opté pour le système de dépôt-vente : le cacao est pris à crédit auprès du producteur, contre la remise à celui-ci d’un reçu. Le paiement est différé après la vente effective au port. Cela démontre que l’augmentation du prix bord champ, sans revalorisation équitable de tous les maillons de la chaîne, ne peut qu’aboutir à un blocage du système.

  • Du cacao venu de l’étranger

Un représentant de l’ANAPROCI, interviewé par le média audiovisuel en ligne « Alert Info New » le 30 janvier 2026, tout en saluant la décision du gouvernement de racheter le stock disponible, relève cependant qu’il aurait une surproduction du cacao du fait de l’arrivée sur le marché ivoirien de cacao venu de l’étranger. Ce qui du reste est confirmé par le ministre en charge de l’agriculture qui affirme que « les producteurs des pays limitrophes bataillent pour vendre leur production en Côte d’Ivoire » (Minute ECO du 20 janvier 2026).

Le représentant de l’ANAPROCI s’interroge alors comment ces stocks de cacao ont pu se retrouver chez les exportateurs si tant est que le connaissement est obligatoire pour acheminer le cacao des zones d’achat vers les différents ports. Une autre question dérive de cette situation.

Comment les producteurs des pays limitrophes ont pu franchir le cordon douanier ivoirien, particulièrement regardant quand il s’agit du mouvement contraire, sachant que l’arrivée de ce cacao sur le marché ivoirien engorgerait le circuit ivoirien au point de léser les planteurs locaux ? Le représentant de l’ANAPROCI en a profité pour relever les limites de la solution alternative proposée par le gouvernement.

2– Les limites de la solution d’achat proposée par le gouvernement à hauteur de 280 milliards de FCFA.
* Une annonce sensationnelle mais insuffisante

La somme de 280 milliards FCFA annoncée par le gouvernement pour l’enlèvement de 123 000 tonnes de cacao, chiffre avancé par l’ex-Ministre d’État, ministre de l’Agriculture, lors de la conférence de presse qu’il a animée le 20 janvier 26 à son cabinet, apparaît largement insuffisante. Si l’État devait acheter le cacao au prix bord champ de 2 800 FCFA/kg, les 123 000 tonnes cela représenteraient un coût de 2 800 000 FCFA par tonne, soit 344,4 milliards FCFA pour 123 000 tonnes.

Or, l’État n’achète pas directement au bord champ, mais auprès des coopératives et acheteurs qui facturent un différentiel de 100 FCFA/kg. Par conséquent, le prix réel d’achat devient donc 2 900 FCFA/kg, soit 356,7 milliards FCFA pour ensemble des volumes concernés.

* Une sélection des coopératives à caractère discriminatoire

Avant l’annonce de l’enlèvement des stocks, le Conseil Café-Cacao a procédé, du 10 au 16 janvier, à l’enregistrement des coopératives disposant de stocks. Les critères de cette opération n’auraient jamais été rendus publics et n’auraient pas été suffisamment expliqués.

Plusieurs coopératives n’auraient pas pu se faire enregistrer, ce qui alimente le sentiment d’une sélection arbitraire. Le représentant de l’ANAPROCI suscité a particulièrement indexé une organisation qui selon lui, ne serait pas la seule interlocutrice des acheteurs.  Le chiffre de 123 000 tonnes, initialement présenté comme provisoire, a finalement été retenu sans justification claire.

*  Le monopole stratégique du Conseil Café-Cacao

Le 29 janvier 2026, le Directeur Général du Conseil Café-Cacao a déclaré que
« le Conseil Café-Cacao est la seule entité habilitée à conduire cette opération » (Source: Afrikexpress.info). Cette posture donne du vent au moulin de ceux qui pensent que le Conseil voudrait laisser le temps s’écouler  jusqu’à la petite campagne de mars, où un prix plus bas pourrait être fixé.

* Une solution structurellement difficile à mettre en œuvre.

La décision annoncée par l’État d’acheter la production pour 280 milliards FCFA apparaît, à bien des égards, comme une solution trompeuse et non structurelle.

Plusieurs questions fondamentales restent sans réponse :

  • L’État dispose-t-il des capacités logistiques et industrielles pour stocker, transformer ou exporter une telle quantité de cacao ?
  • Peut-il assurer la transformation du stock acheté en produits semi-finis ou finis dans un système où ce rôle est historiquement confié au secteur privé ?
  • A qui l’Etat revendra le stock acheté ?
  • Pourquoi l’Etat ne fait pas jouer la garantie qui est le fondement même du mécanisme de commercialisation qui est en vigueur en Côte d’Ivoire et qui est basée sur le fixation du prix d’achat et de la rémunération des différents acteurs de la chaine.

Ces questions sans réponses permettent de dégager la position du PPA-CI sur la crise actuelle de la filière café cacao.

III. La position du PPA-CI

Pour le PPA-CI, la crise actuelle de la filière cacaoyère n’honore pas la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et disposant du premier port cacaoyer du monde (San-Pedro). Le pays abrite l’organisation internationale (ICCO) du cacao grâce à une diplomatie avisée du Président Laurent GBAGBO menée dès 2002.

La présence de cette organisation devrait permettre au gouvernement d’avoir une vue plus précise sur la chaîne des valeurs de l’industrie cacaoyère et prévenir ainsi les crises comme celle que prévaut actuellement. Malgré la situation de crise qu’a connue le pays dans les années 2000, les planteurs ne se sont jamais retrouvés abandonnés avec leur production sur les bras.

Cette crise résulte de la combinaison de trois facteurs qui sont la marque déposée de la gouvernance du RHDP. Ce sont la propagande comme mode de gestion de l’Etat, l’exclusion des couches les plus défavorisées du bénéfice de l’activité gouvernementale ou leur mépris et la corruption endémique.

La fixation du prix d’achat de 2800 FCFA/kg dans un contexte de tendance baissière rapide des cours du cacao, le ministre de l’Agriculture parle d’une chute de 30% des cours mondiaux (MinuteECO du 20 janvier 2026) n’était qu’une annonce propagandiste en période électorale. Les autorités ivoiriennes savaient pertinemment qu’un tel prix n’était pas applicable dans le contexte actuel.

Les planteurs ont été sacrifiés sur l’autel de la propagande électoraliste. Ce sont les plus fragiles et le régime du RHDP n’est pas tendre avec les plus faibles alors que ce sont eux qui ont le plus besoin du soutien de l’Etat. L’on se souvient de l’expulsion et le déguerpissement violents des populations les plus démunies au cours des années précédentes. C’est une identité remarquable de la gouvernance du RHDP que de mépriser les plus fragiles de notre population.

La dernière marque de fabrique du RHDP, qui a joué un rôle déterminant dans la crise actuelle du cacao, est la corruption. Seul le laxisme rémunéré peut justifier que la production de cacao de pays limitrophes comme l’a annoncé le ministre en charge de l’agriculture, vienne encombrer le circuit commercial au point de bloquer la commercialisation de la production locale.

C’est pourquoi, le PPA-CI :

  • dénonce avec vigueur, la gouvernance du RHDP de la filière café cacao qui a abouti à cette crise pourtant évitable ;
  • appelle le gouvernement à trouver une solution structurelle et pérenne de sorte à assurer un revenu vital aux planteurs. A ce propos, la fixation du prix ne pouvant pas assurer ce revenu vital du fait de la défaillance du mécanisme de stabilisation, il convient de revenir à la libéralisation du prix et au transfert de la commercialisation aux producteurs eux-mêmes comme cela a été expérimenté avec succès par le Président Laurent GBAGBO ;
  • reste solidaire des planteurs et des autres acteurs de la chaîne de commercialisation cacaoyère qui souffrent de la présente crise ;
  • encourage les planteurs et les autres acteurs intermédiaires de la filière à mieux s’organiser pour défendre leurs intérêts collectifs ;
  • reste saisi de cette situation de crise et suit son évolution avec intérêt.

Pour le PPA-CI/  PO

                         Dr Justin Katinan KONE,

Président du Conseil Stratégie et Politique du PPA-CI en charge du programme du gouvernement et de la promotion du panafricanisme

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