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Pisciculture hors sol : A Adjaméné, un couple approvisionne les marchés de San Pedro en poissons

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Des poissons pris dans un bassin de 120m3 à Adjaméné/Ph Credo

Dans la ville de San Pedro, les difficultés liées à la disponibilité des ressources halieutiques se font de plus en plus ressentir, si bien que des opérateurs économiques sont obligés de se mettre ensemble pour créer des projets, notamment dans le domaine de la pisciculture intensive ou hors sol. C’est le cas dans la localité d’Adjaméné, dans la région de San Pedro, où le couple Gnamien exerce cette activité depuis au moins 4 ans afin d’approvisionner les marchés de la ville en poissons.

De loin, on aperçoit une végétation entourée de plantations d’hévéas. Une rizière située dans un bas-fond offre davantage de visibilité dans cette zone forestière. Sur la piste empruntée pour y accéder, un pont de fortune se dresse sur la voie villageoise. Heureusement, il n’a pas plu ces derniers jours. Quelques minutes plus tard, des paysans reviennent des champs à moto ou à vélo, après de dures journées de labeur. En passant, ils nous adressent des civilités, comme il est de coutume dans ce village Kroumen.

En avançant, on découvre une pisciculture composée de grands bassins sur un espace de 1 600 m² consacré à cette activité. Au fur et à mesure que l’on s’approche, on découvre enfin FishIvoire, une entreprise de pisciculture installée dans la zone d’Adjaméné. Une grande affiche fixée sur des grilles métalliques présente les services qui y sont proposés. Samedi 24 octobre 2026. Il est 17 heures. Le soleil fuit le zénith.

De part et d’autre, le couple se tient à différents endroits et donne des explications sur leur activité halieutique. Jean Cyrille Gnamien, cofondateur de l’entreprise, explique ses débuts dans le domaine. Informaticien de formation et passionné d’élevage, il nous confie.  « Nous nous sommes heurtés à des difficultés dans le Bas-Sassandra parce qu’il manquait du poisson. Cela nous a choqués, bien que nous soyons originaires de cette région. »

Ils se lancent alors dans ce projet. « Des études de faisabilité ont été réalisées » par le couple afin de mieux maîtriser les contours de cette activité piscicole. Les deux entrepreneurs se rendent au ministère des Ressources animales et halieutiques pour poser des questions et obtenir des réponses pertinentes susceptibles de leur permettre de réaliser leur rêve : pratiquer l’aquaculture.

Après ces échanges avec les structures étatiques, le couple envisage d’acquérir un terrain moins cher pour réaliser le projet

Après quoi, ils se rendent au port de pêche de San Pedro, où des spécialistes leur auraient expliqué que les saisons de pêche sont trop courtes et que les ressources en poissons se raréfient dans les eaux. Après ces échanges avec les structures étatiques, le couple envisage d’acquérir un terrain moins cher pour réaliser le projet.

Une étendue de bassins/Ph Credo

« Dieu merci, chemin faisant, cela n’a pas été facile, mais, avec la passion et la foi, nous sommes arrivés à ce niveau de réalisation de notre rêve. Certes, nous n’avons pas encore atteint notre objectif, mais, au regard de l’espace restant, nous voulons construire d’autres bassins et poursuivre l’activité piscicole », raconte Jean Cyrille Gnamien, cofondateur de FishIvoire.

Selon lui, les bassins ont été conçus afin de créer et de recréer un environnement permettant aux poissons de se développer. Sur cet espace, FishIvoire dispose de six bassins, dont trois de 120 m³ et trois autres de 30 m³. Cela représente une capacité totale de 450 m³ pour une production de 24 tonnes de tilapias. Après six mois, les alevins deviennent des tilapias pouvant être commercialisés sur les marchés locaux de la région.

Concernant la formation reçue pour exercer cette activité, Gnamien indique s’être rendu à Abidjan pour suivre une formation dans le domaine piscicole. Cette formation de trois à six mois lui aurait permis d’acquérir des connaissances sur l’activité qu’il souhaitait entreprendre, l’aquaculture.

Équipements et investissements

Dans cet espace de 1 600 m², des étangs ou bassins sont installés à quelques centimètres les uns des autres. Grâce à une turbine, l’eau jaillit avant de retomber continuellement dans les bassins, à la grande joie des poissons. Ceux-ci prennent plaisir à sauter hors de leur petite taille avant de retomber dans le bassin.

Le site comprend des bassins hors sol, des aérateurs de différents modèles – turbines, palettes et jets d’eau -, des forages ainsi qu’une centrale solaire composée de 20 panneaux permettant d’alimenter l’ensemble des installations en énergie.

Gnamien estime le coût total entre 75 et 80 millions de FCFA

Tout projet coûte extrêmement cher. En lançant cette activité piscicole dans la localité d’Adjaméné, le couple a déboursé plusieurs millions de francs afin de donner vie au projet. En tenant compte de l’achat du terrain, des équipements et des autres investissements réalisés, Gnamien estime le coût total entre 75 et 80 millions de FCFA.

Dans cette localité, le couple Gnamien n’est pas le seul à exercer dans le secteur piscicole, mais il est le seul à pratiquer la pisciculture hors sol. « Les autres viennent prendre conseil auprès de nous. Nous installons plusieurs structures dans la région et nous les accompagnons techniquement », dit-il.

La qualité des poissons vendus sur les marchés

Depuis au moins 4 ans que le couple Gnamien est installé dans cette localité, les productions atteignent plus de 12 tonnes dans les bassins. « Chaque jour, nous testons les poissons avec des appareils. Ils bénéficient d’une alimentation suivie et des pêches de contrôle sont constamment effectuées afin qu’à la fin, nous puissions proposer à la clientèle un poisson de meilleur goût », explique Gnamien.

Par exemple, un bassin de 120 m³ contient 12 000 alevins qui, au bout de 6 mois, seront commercialisés sur les marchés locaux, notamment ceux de San Pedro. Quant aux villes de Sassandra, Grand-Béréby et Tabou, leurs marchés devraient être approvisionnés en poissons d’ici janvier 2027. Les aliments destinés aux alevins proviennent de villes telles que Dabou, Azaguié et Daloa. Par contre, le bassin de 300 m³ contiendrait 3 000 alevins.

Les entrepreneurs comptent diversifier plus tard les espèces élevées en ajoutant d’autres types de poissons dans les bassins, notamment des mâchoirons et des silures. Pour l’heure, seuls les tilapias y sont élevés.

Une vue des bassins pour la pisciculture à Adjaméné/Ph Credo

Sur place, des poissons sont capturés dans un filet afin d’évaluer leur croissance. Ce fut une grande joie pour les personnes qui attendaient de découvrir ces espèces présentes dans les bassins depuis quelque temps. Pour elles, les voir de près et les toucher constituait une expérience dont elles pourraient témoigner lors de leurs échanges avec leurs amis ou leur famille.

Certains poissons pèsent plus de 300 grammes, alors que, pour être commercialisés, ils doivent atteindre 500 ou 600 grammes

Certains poissons pèsent plus de 300 grammes, alors que, pour être commercialisés, ils doivent atteindre 500 ou 600 grammes, selon Gnamien, spécialiste et cofondateur de l’entreprise.

« Ce que nous demandons à l’État ivoirien, c’est qu’il porte son regard sur le district du Bas-Sassandra, en particulier sur la ville de San Pedro, afin d’aider les acteurs du secteur piscicole. Nous voulons approvisionner la ville de San Pedro en poissons, qui sont des produits biologiques. Lorsque nous recyclons l’eau, cette pratique profite aux cultures de tomates et de riz », souhaite Vanessa Dagrou, cofondatrice de FishIvoire.

Vanessa Dagrou Lou Epse Gnamien parle des bienfaits de la pisciculture/Ph Credo

L’activité piscicole pratiquée par des opérateurs économiques dans le pays rapporte beaucoup sur le plan financier. Depuis que certaines personnes se sont lancées dans ce secteur, elles en tirent des revenus leur permettant de faire vivre leur famille et d’entreprendre d’autres activités. À Adjaméné, le couple Gnamien, qui investit dans cette activité depuis au moins dix ans, se dit largement satisfait des progrès réalisés depuis le lancement de son projet dans la localité.

Selon Vanessa Dagrou Lou, avec ce projet, « on peut s’en sortir. Aujourd’hui, on peut gagner 18 millions de FCFA par mois ». Elle confirme également qu’au moins 24 tonnes d’aliments sont distribuées chaque jour aux alevins.

Les entrepreneurs estiment que l’aliment destiné aux alevins est extrêmement coûteux. Le sac de 22 kg coûte 25 000 FCFA ou 19 000 FCFA, en fonction de la taille des poissons. Ils considèrent qu’il s’agit de l’une des principales difficultés rencontrées dans la pratique de la pisciculture dans cette localité. En effet, compte tenu des grands bassins déployés sur le site, les poissons doivent être bien nourris chaque jour avec des aliments riches en protéines et régulièrement contrôlés afin d’éviter la mortalité.

Dans cette ferme piscicole baptisée FishIvoire, entre 250 et 300 kg de poissons sont écoulés chaque semaine sur les marchés de la ville de San Pedro et dans les hôtels.

Magloire Madjessou

Envoyé spécial

Encadré I

En dehors du poisson, la cuniculture et l’aviculture

Le couple Gnamien ne se focalise pas uniquement sur l’élevage de poissons. Il pratique également d’autres activités, telles que la cuniculture ou élevage de lapins, l’élevage de poulets brahmas, qui font aujourd’hui sa grande fierté dans cette localité.

Dans un proche avenir, le couple compte relancer les activités citées plus haut, en réaménageant les cages afin de mettre les animaux à l’aise. « Avant la fin de l’année, nous aurons une centaine de lapins et des poulets brahmas », affirme Jean Cyrille Gnamien.

« Le poulet brahma est une espèce très rare et prisée dans la zone, parce qu’il prend le temps de grandir et de grossir, et possède un très bon goût », explique-t-il.

En plus de ces activités qui existent déjà sur le site, le couple Gnamien envisage, dans un futur proche, de multiplier ces productions afin de devenir un acteur plus visible, voire incontournable, pour les opérateurs économiques du secteur. Après plusieurs années et surtout à la suite d’expériences concluantes dans l’aviculture et la cuniculture, les deux entrepreneurs estiment que ces activités sont également très rentables dans la région de San Pedro.

M.  Madjessou

Encadré II

L’Université polytechnique coachée

Des étudiants de l’Université polytechnique de San Pedro sont accueillis au sein de l’entreprise FishIvoire. Après les cours magistraux dans les amphithéâtres, ces étudiants, au nombre de plus de 35, sont conduits sur le site pour suivre des formations pratiques, sous la supervision de leurs professeurs ou encadreurs.

Selon les responsables de l’entreprise, ils sont formés à la création d’une ferme piscicole, aux équipements, aux bassins, aux turbines et à l’alimentation des poissons. Ces connaissances permettent d’assurer la croissance des poissons et d’obtenir des produits de bonne qualité destinés au marché.

Après près de deux heures de formation pratique, les étudiants repartent satisfaits de ce cours. Ils comprennent mieux la faisabilité d’un projet piscicole ainsi que les procédures à suivre dans ce domaine.

M. Madjessou

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