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Côte d’Ivoire, réconciliation, paix, élection présidentielle de 2020…Mgr Ignace Bessi Dogbo sans détour

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Mgr Ignace Bessi Dogbo, Archévêque métropolitain d'Abidjan /Ph Credochristi

En marge de l’inauguration de la Maison religieuse, le jeudi 21 novembre 2019, au siège de la Conférence épiscopale sis à Cocody, Mgr Ignace Bessi Dogbo, évêque de Katiola et président de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, a abordé la semaine de la réconciliation. Profitant pour exhorter la classe politique à s’approprier de la réconciliation par l’écoute de la Parole de Dieu, la prière, et en posant surtout des gestes concrets.

Ce dimanche de l’Avent débute la semaine de la réconciliation. Quel est l’intérêt pour la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire d’organiser une semaine nationale de la réconciliation ?

Vous savez que le Pape Benoît XVI à l’issue du 2e Synode pour l’Afrique, il a donné une Lettre d’exhortation dite exhortation post synodale intitulée Africae munus, c’est à dire l’engagement pour l’Afrique. Cette lettre a eu  pour sous-titre l’Eglise en Afrique au service  de la réconciliation, de la justice et de la paix : vous êtes la lumière du monde. Dans cette lettre, le Pape a demandé qu’il y ait une journée, par an, pour prier en faveur de la réconciliation, poser des gestes pour la réconciliation. Cela a été fait une fois en passant et tombé dans les oubliettes.

Alors les évêques, il y a déjà une année, à une de leurs assemblées plénières ont décidé de revenir à cette lettre du Pape Benoît XVI et d’instituer de manière habituelle, non pas un jour mais une semaine de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, parce que la situation de notre pays appelle une telle semaine.

Voilà pourquoi les évêques ont institué cette semaine, et ce sera tous les ans : du premier dimanche au deuxième dimanche de l’Avent (dimanche 1er décembre au dimanche 8 décembre, Ndlr) pour qu’on est une semaine d’écoute de la Parole de Dieu, de prière et surtout une semaine durant laquelle nous posons des gestes concrets qui vont dans le sens de la réconciliation.

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A l’horizon 2020, nous savons que les élections présidentielles cristallisent l’attention de plus d’un. Alors est ce que cette semaine est inscrite dans cet élan de cohésion sociale ?

Vous savez le plan stratégique de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire va dans ce sens : une Eglise communion. Pas une commission tournée vers elle-même mais ouverte pour le service. Déjà, notre plan stratégique avait déjà vu la situation que le pays vit pour voir comment l’Eglise, en tant que communion peut aider à la réconciliation. Avec cette semaine de la réconciliation, nous voyons venir les échéances électorales. La réconciliation déborde les élections.

Le Pape Benoît XVI justement dans cette lettre encyclique, Africae Munus a dit que la réconciliation est pré-politique, c’est-à-dire ce n’est pas la politique qui dit comment on doit faire la réconciliation ? Mais c’est la réconciliation qui doit orienter la politique pour que la réconciliation soit effective et aide les gens à vivre en communion. Les élections arrivent, et à plus forte raison, nous devons tout faire pour que les Ivoiriens soient réconciliés et aillent aux élections dans la paix, le calme en recherchant le bien commun pour tous.

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Le pape François revient sur cette question du bien commun dans la lettre encyclique. On peut aller à la réconciliation, si on ne recherche pas le bien commun. Celui-ci peut aider à la réconciliation et elle peut conduire au bien commun. Les élections qui arrivent sont les élections que l’Eglise voudrait centrée sur la recherche du bien commun de tous, que personne ne soit laissée au bord de la route mais que tous nous soyons engagés. Le pays et la nation appartient à tous. L’Eglise, en réinstituant cette semaine de réconciliation, pense aussi aux élections qui arrivent mais va au-delà, parce que la Côte d’Ivoire doit vivre.

Comment comptez-vous associer les acteurs politiques ivoiriens au cours de cette semaine de la réconciliation ?

Justement, il y a des activités qui sont prévues sur huit jours. Tel jour, il y a la parole de Dieu proposée avec la prière qui correspond. Certainement, le jeudi, le thème qui est proposé : les chrétiens devant les divisions politiques parlera des hommes politiques au service de la politique.

Là, il y aura une action qu’on demandera aux hommes politiques, dans tous les diocèses, pas seulement à Abidjan. Donc, il y aura des gestes qu’on demandera aux hommes politiques de poser, que ce soit au niveau de la ville d’Abidjan, Katiola, Korhogo, etc. Ils n’ont pas été oubliés. Chaque couche de la population est prise en compte pour qu’on aille ensemble dans la prière, l’écoute de la Parole de Dieu et des gestes concrets pour aller à la réconciliation.

Quelle est l’invitation adressée à tout le peuple de Dieu pour qu’il s’imprègne de cette semaine de la réconciliation ?

Il faut que les chrétiens et les catholiques participent massivement à cette semaine de prière. Vous savez que nous sommes habitués à la neuvaine pour avoir des miracles. Mais il n’y a pas meilleur miracle qu’on puisse demander que des cœurs et des hommes réconciliés. Donc, je voudrais demander à tous les catholiques de participer de manière massive à cette semaine de prière et d’action pour la réconciliation. Parce que s’il n’y a pas la paix, les miracles ne viendront pas. Il faut qu’il y ait la paix pour que ceux qu’ils veulent des miracles aussi puissent prier. Que des gens viennent participer à cette écoute de la Parole de Dieu et poser des gestes concrets pour que la réconciliation advienne. C’est le bien commun le plus important.

Dans 11 mois s’ouvriront les échéances électorales pour la présidentielle d’octobre 2020. En plus de la semaine de la réconciliation, avez-vous d’autres activités prévues pour amener les acteurs politiques et les Ivoiriens en général à s’imprégner de cette réconciliation ?

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Le Conseil permanent vient de se réunir, il y a à peine un jour. Il y a des actions qui ont été dégagées toujours dans le cadre de notre plan stratégique. Ces actions seront entérinées à l’Assemblée plénière qui aura lieu à Korhogo (nord). Une fois que les évêques auront entériné ce que le Conseil permanent a suggéré, vous serez informé. Mais les évêques ont prévu des actions, des activités qui puissent aider, sensibiliser le peuple de Dieu mais aussi les hommes de bonne volonté à la réconciliation.

Interview réalisée par

Magloire Madjessou & Marcel Blé (Rnc)

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