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Guinée-Conakry: L’opposition bâillonnée à cause du référendum

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Une affiche appelant à voter le Oui en Guinée/Ph DR

Réduire l’opposition au silence pour atteindre un ‘’oui’’ massif au référendum du 21 septembre 2025. Tel est l’objectif que s’est assigné le chef de la junte militaire  en Guinée déterminé à se maintenir légalement au pouvoir à travers sa future Constitution.  

Si le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) dirigé par la junte au pouvoir et ses partisans appellent à voter ‘’oui’’, lors du référendum du 21 septembre 2025, les partis de l’opposition, eux, appellent la population à opter pour le ‘’NON’’. Car, pour eux, voter cette Constitution serait donné une occasion au général Mamadi Doumbouya de se présenter à la prochaine présidentielle. Ce qui est aux antipodes des mesures annoncées par la junte, lors de sa prise de pouvoir. Mais que peut cette opposition muselée face au pouvoir déterminé à violer toutes les règles du droit pour atteindre son objectif ?     

Dans une interview accordée au site The Conservation Africa, le chercheur Vincent Foucher, revient sur la fermeture du jeu politique en Guinée suscité par la suspension le 22 août 2025, de trois partis majeurs sur l’échiquier politique. Il relève ici le calvaire qui vit l’opposition sous le général Mamadi Doumbouya.

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Selon lui, « la suspension de trois principaux partis d’opposition, à savoir le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) et le Parti du renouveau et du progrès (Prp) a été une étape de plus dans la fermeture du champ politique entamée dès le coup d’État de septembre 2021. Qui a vu la junte du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) renverser le président Alpha Condé. Le CNRD a prolongé depuis la période de –transition-, et semble préparer l’élection du chef de la junte, le (récent) général d’armée Mamadi Doumbouya ».

Vincent Fourcher fait remarquer que « depuis 2021, le CNRD a joué la montre, retardant les évolutions institutionnelles promises juste après le coup d’Etat, et notamment la rédaction d’une nouvelle Constitution et la réforme du dispositif électoral. Le temps ainsi gagné a permis une fermeture de plus en plus stricte du champ politique, plus étroite encore que celle opérée par le régime du président Condé (2010-2021). Ce n’est d’ailleurs pas une surprise car la junte est composée d’un petit groupe de militaires issus du régime Condé, qui n’ont fait qu’intensifier les méthodes de leur ancien chef ».

Qui a vu la junte du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) renverser le président Alpha Condé

Le chercheur a rappelé que dès sa prise de pouvoir le chef de la junte «  avait  commencé par utiliser la justice pour neutraliser certaines figures influentes du parti de Condé. Avec les partis d’opposition et avec le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une coalition de la société civile qui avait mené la lutte contre le tournant autoritaire de Condé, la junte avait d’abord eu une attitude ouverte. Mais la rupture est  survenue rapidement, lorsqu’il est apparu que la junte comptait gouverner avec ses hommes à elle, en ne faisant que peu de place aux partis politiques ou au FNDC », a-t-il souligné.

Répression, disparition des leaders …

Cette rupture s’est plus accentuée quand le FNDC et les partis politiques, dont le Rassemblement du peuple de Guinée, (le parti d’Alpha Condé) ont commencé à se mobiliser contre le CNRD. Les militaires ont combiné répression des manifestations et poursuites judiciaires contre les principaux leaders d’opposition, qui ont préféré s’exiler, a souligné Vincent Fourcher.

Qui a révélé la disparition de deux animateurs du FNDC, « depuis leur arrestation non officielle en juillet 2024, et beaucoup d’observateurs les pensent morts en détention, peut-être sous la torture ». La même année, usant de brutalité, les militaires ont fait disparaître des dizaines de petits partis politiques. Ajouté à cela, la suspension de trois partis politiques majeur du paysage politique national, pour trois mois à quelques jours du référendum.

« Le niveau de verrouillage semble tel qu’on a du mal à imaginer que le CNRD puisse ne pas parvenir à ses fins pour le moment. Il s’agit pour lui de faire approuver, par un référendum prévu le 21 septembre prochain, la nouvelle Constitution, qui autorisera le général Doumbouya à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle », soutient Vincent Fourber.

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La répression exercée par Doumbouya sur ces opposants est plus forte que celle pratiquée par Condé

Toutefois, opposé à ce référendum, les Forces de vives de Guinée (FVG), collectif des principaux partis de l’opposition et d’organisations de la société civile avaient projeté de manifester le vendredi 5 septembre dans les rues de la capitale Conakry pour protester contre ce projet gouvernemental.  

Mais ils n’ont pu mener aucun mouvement de protestation en raison des services de sécurité déployés le jour-j dans les différents artères de la capitale. La répression exercée par Doumbouya sur ces opposants est plus forte que celle pratiquée par Condé. Aujourd’hui, avec la plupart des principaux opposants en exil, le chef de la junte militaire est bien placé pour s’imposer à travers sa future Constitution le futur président de la Guinée élu démocratiquement.

Aka Ahoussi

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