Accueil A la une Commerce : L’essor de la friperie chez les populations marginalisées

Commerce : L’essor de la friperie chez les populations marginalisées

PARTAGER
Marché de friperie à Koumassi/Ph Isaac Mendy

Adokaflê, Yougou-Yougou, Yougos ou Broad tous sont des surnoms qui désignent un seul et même produit : la friperie. À Abidjan, le commerce de friperies est un domaine qui prend de plus en plus d’ampleur chez une frange de la population surtout les plus marginalisées, qui y trouvent une véritable porte de secours vestimentaire. Cap sur le monde de la friperie, où les vêtements se vendent comme des petits pains.

Au marché Djê Konan de Koumassi, l’activité commence tôt. Les allées principales du marché sont déjà bondées de monde. Adjoua Grâce, jeune fille de 21 ans cherche à rafraîchir sa garde-robe pour sa nouvelle rentrée et elle a choisi d’opter pour les friperies : << Ici on peut avoir les robes à petit prix et en quantité, pour nous les étudiants. C’est un peu difficile de se procurer les vêtements de luxe donc on vient ici et aussi il y’a de belles robes>>.

Pour la jeune étudiante, la friperie apparaît comme une solution adaptée aux réalités financières des étudiants. Avec des prix plus accessibles, elle refait sa garde-robe sans disposer d’un budget important. Une manière pour elle de bien s’habiller en restant dans la tendance.

Friperie à Koumassi/Ph IM

De son côté, Emmanuella, venue faire des emplettes, met l’accent sur les prix proposés. « Ici, les prix sont vraiment abordables. Avec 5000F, on peut repartir avec plusieurs vêtements, alors qu’en boutique, cette somme ne permet pas toujours de faire beaucoup d’achats », explique-t-elle. Pour cette cliente, la friperie constitue donc une alternative intéressante pour les personnes qui doivent faire attention à leurs dépenses.

(…)Avec 1000 F, je peux me procurer, par exemple, un pantalon jean de bonne qualité. Ce même pantalon coûte au moins 8000 F dans un magasin vitré », témoigne-t-il.

Christophe, jeune homme, habitué du marché Djê Konan, apprécie quant à lui la diversité des vêtements proposés, il est venu acheter un pantalon jean. « Ce n’est pas parce que ce sont des vêtements de seconde main qu’ils sont forcément de mauvaise qualité. J’aime acheter les vêtements de secondes mains parce que cela me permet d’économiser sur le plan financier. Avec 1000 F, je peux me procurer, par exemple, un pantalon jean de bonne qualité. Ce même pantalon coûte au moins 8000 F dans un magasin vitré », témoigne-t-il. Pour lui, la friperie propose un choix de qualité.

Si les clients fréquentent couramment la friperie, c’est en raison des prix plus accessibles. Un tee-shirt peut être vendu autour de 1000F, un pantalon entre 1000F et 2000F. Les prix varient selon l’état du vêtement, sa marque et la demande.

Des commerçants aux techniques bien rodées

Un autre point attirant de la friperie, ce sont les commerçants. Dans un chariot, à la main, sous des bâches, des tables ou directement sur le dos, les vêtements sont exposés de différentes manières. Pour attirer les passants, certains utilisent le microphone. « Venez payez ! Si tu ne viens pas, c’est pour toi qui s’en va ! Viens prendre tes habits 3 à 1000F ».

Espace de friperie Jean’s non loin de l’Hôpital Koumassi chez Brahima Ouédraogo/Ph Mendy I

D’autres préfèrent aller directement vers les clients, leur proposer des articles ou même poser un vêtement sur eux : « Ça, c’est pour toi ! Essaie seulement, tu vas voir comment ça te va. ». Dans ce commerce où la concurrence est forte, chaque passant représente une occasion de vendre.

Pour avoir les marchandises, on va à Adjamé auprès des personnes qui cassent les balles. Là-bas, ils vendent les habits en gros

Rougeo, commerçant depuis deux ans, explique comment il s’approvisionne pour alimenter son activité : « Pour avoir les marchandises, on va à Adjamé auprès des personnes qui cassent les balles. Là-bas, ils vendent les habits en gros. Moi, quand je veux me ravitailler, je peux préparer jusqu’à 100 000 francs CFA. Je préfère mettre mon argent dans les habits, attendre que ça se vende et récupérer petit à petit mon argent. C’est comme ça que je fonctionne. » Pour lui, cet investissement constitue donc la base de son activité et lui permet de disposer régulièrement de nouvelles marchandises et même de répondre à plusieurs tâches de son habitat.

Ouédraogo Brahima, lui, insiste davantage sur le rythme des ventes, particulièrement en cette période de rentrée. « En ce moment, c’est un peu difficile parce que les parents veulent d’abord finir avec les affaires de fournitures. Le matin, les gens viennent, ils demandent les prix, ils regardent les habits et souvent ils disent qu’ils vont revenir. Mais généralement, c’est le soir, quand les gens descendent du travail, qu’on commence vraiment à voir les clients acheter », a expliqué Ouédraogo.

Dans une société de plus en plus chère, les Abidjanais…

Une situation, qui oblige les commerçants à patienter et à adapter leur activité aux habitudes des acheteurs.

Dans une société de plus en plus chère, les Abidjanais trouvent dans ces articles d’occasion, le moyen d’être à la mode en dépensant peu. Pour eux, c’est une bonne occasion de rentabilisation au plan économique.

Isaac Mendy (Stagiaire)

PARTAGER