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Tiburce Koffi, Ecrivain : « La Côte d’Ivoire officielle a-t-elle vraiment pris la pleine mesure de la menace Coronavirus ? »

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Tiburce Koffi dit avoir peur pour son pays, après neuf cas infectés du virus/Ph DR

Il y a quelques jours, des Ivoiriens dont le footballeur Bonaventure Kalou, Asalfo et le ministre Adama Bictogo, cadre du Rhdp, sont passés entre les mailles du filet, sans être mis en quarantaine à l’Injs. Uns situation gravissime que bon nombre d’Ivoiriens ont décrié. Tiburce Koffi, Ivoirien et écrivain résidant aux Etats-Unis, a réagi promptement à cette situation inacceptable, où l’Etat promet des mesures drastiques pour tous, au contraire privilégie des personnalités. Pourtant, les cas infectés du Covid-19, en Côte d’Ivoire, hélas, sont sérieux et personne ne doit y échapper, aussi fut-il riche ou personnalité.

La Côte d’Ivoire officielle a-t-elle vraiment pris la pleine mesure de la menace Coronavirus ? La question peut-être posée. Trois exemples de lecture approximative de cette pandémie nous procurent en effet des inquiétudes concernant la perception que nos autorités ont de la situation. Passons outre le danger que constitua le maintien du Masa ; feignons d’ignorer la déclaration scandaleuse du Vice-président Kablan Duncan (« Jamais le Coronavirus ne rentrera en Côte d’Ivoire ! ») ; et ne retenons que le récent confinement raté des passagers en provenance de Paris, à l’Injs.

  • …l’ultra puissante Amérique grelotte, scrute l’avenir avec inquiétudes, arrête des dispositions fermes (auxquelles TOUS les citoyens, sans considération de classe sociale se soumettent), mon pays la Côte d’Ivoire s’offre le malheureux plaisir de soustraire des « autorités » (?), des intouchables de la république…

Pour nous autres qui sommes à l’étranger et qui vivons en réel « mode confinement » dans des cités ultra modernes qui ont pris en ce moment l’allure de villes fantômes, le scénario de l’Injs relève de l’impensable. Comment ? À ce stade de ce fléau où même l’ultra puissante Amérique grelotte, scrute l’avenir avec inquiétudes, arrête des dispositions fermes (auxquelles TOUS les citoyens, sans considération de classe sociale se soumettent), mon pays la Côte d’Ivoire s’offre le malheureux plaisir de soustraire des « autorités » (?), des intouchables de la république, à ces mesures édictées par le chef de l’État ! Et quelles autorités : un footballeur moyen, mais de renom facile, des enfants d’un chanteur chouchouté par la République, des membres de familles de collaborateurs du chef de l’État ! Tous sortis de l’aéroport sans aucun contrôle, et avec « l’insoutenable légèreté » des services de surveillance médicale des lieux.

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UN ACTE D’INSUBORDINATION INACCEPTABLE

Et tout cela, au mépris des recommandations prescrites par le Président de la république ! Pis : aucune sanction pour nous donner des signes de l’indignation des autorités dirigeantes. Tout paraît normal. Un acte de si vaste et choquante corruption pourtant ! « On est où là ? », comme nous en aurions dit en d’autres temps. Le summum de ce scandale : le reste des passagers, bétail anonyme et négligeable, sera convoyé (déporté en fait) au sein d’un établissement démuni de tout moyen de faire le test de dépistage !

Pendant plus d’une dizaine d’heures, sans nourriture, sans aucune surveillance médicale. Je revois les images (à donner des frissons) de ces passagers, disposés sans aucun respect de la distance de sécurité nécessaire et prescrite par le Conseil de Sécurité présidé par le chef de l’État. Et le ministre de la Santé, tout fragilisé parmi ces passagers en colère, sans aucune autorité, sans solution, attendant de ses supérieurs hiérarchiques des consignes salutaires qui le sortiraient de cette situation inconfortable.

On sait la fin de l’histoire : chaque passager est rentré chez soi ! Sans contrôle. Avec tous les risques que nous pouvons imaginer : des gens probablement contaminés, et rentrant, tous, chez eux… avec le virus ! Seuls recours dans leur tête : la miséricorde d’Allah, le sang de Jésus – les bondieuseries de rigueur dans notre pays ! Allons. Admettons-le sans réserve : la Côte d’Ivoire ne peut se targuer de n’avoir que 9 contaminés – un tel chiffre relève assurément du mauvais humour. On n’y fait pas de dépistage systématique ; il n’y a pas de mesures réelles de confinement.

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  • Neuf contaminés avez-vous dit, M le ministre de la Santé ? Non. Vous êtes certainement en deçà de la réalité. Oui, j’ai peur pour mon pays.

Transports en communs sales et délabrés (à l’exemple des gbaka, ces amas de ferrailles rouillées et mobiles) où s’entassent, chaque jour des milliers de démunis et de débrouillards sociaux ; bus de l’État bondés ; gares de transport en commun insalubres. Partout la promiscuité à outrance, mille occasions de contamination au quotidien. Oui, seul Dieu maintient ce peuple sur les jambes. Comme dans presque tous les pays d’Afrique. Neuf contaminés avez-vous dit, M le ministre de la Santé ? Non. Vous êtes certainement en deçà de la réalité. Oui, j’ai peur pour mon pays. Le réveil pourrait s’avérer brutal. Cauchemardesque. Tout tragiquement. Par manque de lecture opérante et prospective. Et surtout par déficit criant de rigueur.

Titre et le chapô sont de la rédaction.

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